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lundi 22 avril 2013

Paparazzi & creepshots - Outils de contrôle du corps des femmes



Les magazines sur les célébrités et les potins de la dernière heure sont monnaie courante dans les kiosques à journaux. Le vedettariat américain est d’une importance presque sans mesure, c’est  un des endroits où le phénomène des paparazzis est extrêmement présent. Les paparazzis sont des photographes qui ont pour domaine de prédilection la vie privée des célébrités. Ces photographes, la plupart du temps indépendants, poursuivent les célébrités et  vendent par la suite leurs clichés aux médias. 

Culture «  Paparazzi  »





Il est difficile d’imaginer ce à quoi peut ressembler un quotidien sans vie privée où tous nos faits et gestes peuvent être illustrés sans notre consentement dans les magazines. Question d’avoir un cliché savoureux, les paparazzis cherchent à surprendre les célébrités en situation vulnérable ou jugée «humiliante». On a qu’à  penser aux photos prises d’Amy Whinehouse lorsqu’elle avait vécu des problèmes de consommation de drogue.  On voit  souvent des grands titres qui commentent le physique des stars accompagnés de photos peu flatteuses. Bien sûr, l’article qui accompagne la photo rappelle combien celle-ci a pris du poids, celle-là est laide sans maquillage, l’autre a commis le sacrilège de ne pas se raser…  Loin de s’offusquer d’un traitement aussi rude, le public continue d’acheter ces magazines. 





Certains rétorqueront que c’était leur choix de devenir célèbre, que cela fait partie du jeu et qu’elles doivent l’assumer. On constate à ce moment combien l’entreprise de déshumanisation des célébrités est fortement ancrée dans les mentalités. Et si les paparazzis en avaient soudainement après vous?   Il y a une différence entre une photographie prise à son insu et une photographie prise avec notre consentement, cela vaut pour tout le monde.  D’ailleurs, le déni du consentement qui définit la pratique des paparazzis est une forme de prise de pouvoir sur la personne photographiée. Cette prise de pouvoir s’accompagne souvent de comportements agressifs: poursuite automobile, harcèlement, agression.  Plusieurs vedettes ont fait appel à des injonctions pour se protéger des paparazzis. Les femmes, en plus de l’attitude agressive, doivent parfois faire face au harcèlement sexuel. Par exemple, il n’est pas rare que les paparazzis tentent de faire ce qu’on nomme des «  upskirt shot  », c’est-à-dire de prendre des clichés sous leurs jupes lorsqu’elles sortent d’une automobile. De plus, les journaux font souvent les grands titres en s’offusquant des moments où une vedette s’en prend aux paparazzis oubliant de mentionner le contexte dans lequel la célébrité a commis ces gestes.

Mis à part les conséquences sur la vie privée et la dignité de ces vedettes, en quoi la culture «  paparazzi  »  a-t-elle des impacts sur notre quotidien?  Et bien, si des photographes, des magazines, les médias télévisés ainsi que les consommateurs et consommatrices de ces photos trouvent acceptable le harcèlement subit par les célébrités, plus particulièrement les femmes, vont-ils s’offusquer que le même sort soit réservé à d’autres personnes?


Phénomène des creepshots

En effet, il me semble qu’on peut établir de nombreux liens avec le phénomène des creepshots qui prend de l’expansion sur le web. Qu’est-ce que les creepshots? Ce sont des photos prises d’une personne sans son consentement. Les creepshots sont généralement des clichés des fesses d’une femme, de son décolleté ou d’une prise de vue sous sa jupe.

Sur le populaire site Reddit, où les utilisateurs et utilisatrices peuvent mettre du contenu, ils existent plusieurs forums de creepshots. Les internautes s’y donnent des conseils pour obtenir de bons clichés et publient leurs photos.  On peut y voir des centaines d’images de femmes, attendant le train, emballant leur épicerie, debout sur un escalier roulant,  toujours avec des prises de vue de leurs fesses, de leur poitrine ou de leur entrejambe. On peut également probablement y observer des jeunes femmes mineures puisque plusieurs clichés semblent être pris dans des contextes scolaires. À cela s’ajoute des centaines d’autres sites web qui contribuent à la «  sous-culture  » des creepshots. Le but étant de prendre des photos à l’insu des femmes et des filles, les partager et récolter de la reconnaissance et des commentaires.  Aussi horrifiant cela soit-il, il semble que pour les internautes qui consultent ces sites web et les photographes amateurs qui les alimentent, il soit tout à fait acceptable de violer la vie privée et la dignité d’autrui. La réalité est que le mouvement «  creepshots  » se définie par le fétichisme du non consentement des femmes.

D’ailleurs un de ces sites mentionne explicitement dans sa description le lien étroit entre les creepshots et les paparazzis  : "When you are in public, you do not have a reasonable expectation of privacy. We kindly ask women to respect our right to admire your bodies and stop complaining. We are no different than paparazzi."
(Traduction libre  : Lorsque vous êtes en public, vous ne pouvez pas raisonnablement espérer de vie privée. Nous demandons gentiment aux femmes de respecter notre droit d'admirer leurs corps et d’arrêter de se plaindre. Nous ne sommes pas différents des paparazzis.)


On peut y déceler le message que les femmes devraient accepter le fait que leur corps soit en permanence l’objet du regard masculin, voire même s’en sentir flatter. De plus, on voit bien que les creepshots semblent s’appliquer seulement aux femmes. Une rapide recherche sur le web mène au constat que les victimes de creepshots sont presque exclusivement des filles ou des femmes.

Traduction libre : Ce n'est pas parce que je suis dans un espace
public que mon corps devient une propriété publique.
Ainsi, cette nouvelle tendance tend à renforcer le contrôle de la société sur le corps des femmes. Effectivement, non seulement ces photos dénigrent souvent les femmes qui y figurent, mais elles sont également un symbole puissant qui lance le message que les femmes, où qu’elles soient, peuvent se faire prendre en photo à leur insu et voir celles-ci circuler sur le web avec presque aucun recours. Il semble que l’avènement des nouvelles technologies ait en quelque sorte créé un nouveau type de harcèlement sexuel qui vient renforcer de manière encore plus insidieuse l’idée que les femmes sont disponibles et «  à la merci  » de tous, en tout temps et en tout lieu. Le corps des femmes devient une propriété publique qui peut être possédé, admiré ou dénigré.







Au Québec, l’émission Paparadis

On pourrait croire que le Québec se sauve de cette culture «  paparazzi  », malheureusement nous aurions tort. Effectivement, en 2010, Mélissa Paradis, une paparazzi professionnelle d’Hollywood, s’est associée à VRAK.TV pour diffuser l’émission Paparadis.
« Jet set, primeurs, accès exclusifs... ou interdits! Avec Paparadis, la paparazzi Mélissa Paradis a maintenant son magazine télé et t'entraîne au coeur du star-système hollywoodien! En plus des capsules que tu connais déjà, Mélissa te fait découvrir les coulisses et les lieux les plus glam d'Hollywood, tout en couvrant les événements les plus courus de la capitale du cinéma. » 
L’émission pour adolescentes et adolescents est encore actuellement en onde. On y retrouve  l’attitude malsaine classique des paparazzis. La volonté d’avoir absolument une photo, même si la vedette refuse clairement, est omniprésente.  L’animatrice de l’émission décrit cette aspect de son travail en disant qu’elle doit gérer avec la «  non collaboration  » des vedettes. En d’autres mots, elle essaie d’obtenir les photos qu’elle désire malgré l’absence de consentement.  Bref, une belle émission sur l’art de la violation de la vie privée.


Quelques exemples du langage (similaire à la chasse) utilisée dans le cadre de l’émission  :

«  Quand les stars vont se chercher de quoi à manger, c’est toujours plus facile de les coincer, elles ne peuvent pas se sauver  » 
«  J’ai commencé ma chasse avec John  » 
«  Parfois les vedettes ne veulent pas se faire prendre en photo et tentent de se cacher, il arrive même qu’elles ne collaborent pas du tout  »

Est-ce qu’espionner des célébrités, user de stratégies pour s’infiltrer dans leur vie privé afin de nourrir l’obsession des fans peut être considéré comme un métier que l’on veut présenter aux adolescents et adolescentes comme positif et utile à la société?

Comble de l’hypocrisie, VRAK.TV se targue de promouvoir l'estime de soi et une image corporelle saine et diversifiée dans le cadre d’un concours L'égalité à l'œuvre.

Comment une chaîne peut prétendre encourager l’égalité entre les hommes et les femmes quand elle fait explicitement la promotion d’une industrie qui se base sur le contrôle du corps des femmes. En plus, de rendre «  glamour  » un métier basé sur le non respect du consentement, cette émission propage les messages nocifs de cette industrie qui encourage les femmes à juger et se moquer de l’apparence de leurs consœurs. On est à milles lieux d’inculquer le respect des autres, l’estime de soi et la nécessité d'images corporelles saines et diversifiés aux jeunes filles et garçons. 

Nul doute qu’il faut entamer une sérieuse réflexion sur le phénomène «  paparazzi » et ses dérivés, dont les creepshots. Une remise en question d’autant plus importante qu’à la base cela concerne la notion de consentement ainsi que l’image des femmes et le contrôle de leurs corps. 

Si cet article vous a interpellés, nous vous invitons à laisser des commentaires sur l’émission Paparadis à VRAK.TV, simplement suivre ce lien  : 
Contacter VRAK.TV

Et inviter vos amiEs à faire de même!



jeudi 15 décembre 2011

Palmarès des jouets sexistes

Comme vous avez pu le constater les années précédentes avec Bleu, Rose ... Jouets sexistes et Course aux cadeau, j'aime bien profiter du temps des fêtes pour souligner le sexisme des jouets pour enfants et la folie consommatrice qui s'empare de tout le monde.

Malheureusement, il serait difficile de faire exception, cette année encore, étant donné l'imagination incroyable des fabricants pour nous offrir le summum du sexisme!


Petit palmarès!
  • Le catalogue TOYS R US!

Les images de ce catalogue ainsi que celui du WalMart sont analysés dans cet article:  Have Yourself A Very Sexist Holiday

  • Le fer à repasser.
    ''Fais comme maman! C'est presque vrai!''
    Le repassage c'est tellement passionnant!
  • Collection de livres
    P'tit garçon; ambulancier et tracteur! P'tite fille; fée et coiffeuse


  • Une poupée
    ...qui fait de la danse poteau.


  • Une maison
    Oui, oui, une vrai où tu peux faire des choses extraordinaires comme le lavage, la vaisselle, la cuisine, s'occuper des enfants...


  • Jeu Monopoly
    Pourquoi acheter un jeu de Monopoly ordinaire quand on peut acheter sa version rose?

  • T-Shirt
    ''Mes sujets préférés : Les garçons, le magasinage, la musique et danser.''

  • Les LEGO... un jeu unisexe?!
    Bah voyonc donc pourquoi se passer du plaisir du rose, des princesses, de la cuisine et des bébés!

  • Une brassière d'allaitement
    Quoi?!? Misère...




Quelques-unes des trouvailles sont issues de : Sexist Toys You Should Avoid This Holiday Season



Cette vague de sexisme rosé vous rend malade. Ne vous inquiétez pas! Une suite à cet article, dans les prochains jours, viendra montrer des initiatives qui existent pour contester les stéréotypes véhiculée par les jouets genrés.       Pour en finir avec les jouets sexistes

Et question de se laisser sur une bonne note!

lundi 5 décembre 2011

Louky Bersianik (1930-2011)

 
L’auteure bien connue des milieux littéraire et féministe, Louky Bersianik, s’est éteinte à l’âge de 81 ans, le samedi 3 décembre 2011, dans un hôpital de Montréal.

Pour beaucoup, l’œuvre de Louky Bersianik représente toujours une vivifiante inspiration poétique et, pour de nombreuses femmes du Québec et d’ailleurs, une pensée phare du féminisme radical.


Un  article du devoir qui retrace son parcours: Louky Bersianik 1930-2011 - La littérature féministe en deuil 

 
 

Quelques extraits d'une de ses œuvres, le livre L'Euguélionne : 







 
665.  […] Et pourquoi apprend-on aux enfants à l'école que le Masculin l'emporte sur le féminin? Pourquoi le Masculin conquiert-il le monde tandis que le féminin lave la vaisselle? Pourquoi le Masculin lit-il sont journal tandis que le féminin s'occupe des enfants? Et pourquoi dit-on dans les dictionnaires au mot HOMME qu'il est considéré «spécialement» comme possédant les qualités de courage, de hardiesse, de droiture, «propres à son sexe»? Et pourquoi la femme doit-elle passer à travers un interminable un rideau de larmes dans sa tentative désespérée de réintégrer votre espèce? Et pourquoi n'est-il pas bon pour l'Homme que la femme soit Humaine? Et pourquoi donne-t-on à la femme cette conscience malheureuse d'être femme? Et pourquoi l'Homme se moque-t-il quand il la voit se débattre, comme si c'était sa vache ou son chien qui réclamaient l'égalité? […] Et pourquoi tous les Hommes sur la terre acceptent-ils cela comme allant de soi que votre espèce soit mâle? Et pourquoi y a-t-il encore tant de femmes sur la terre qui acceptent cela comme allant de soi? Et pourquoi les mâles de votre espèce ont-ils capitalisé l'espèce comme ils ont capitalisé l'argent, comme ils ont capitalisé le pouvoir et comme ils ont capitalisé le savoir?

722. Si une femme a du génie, on dit qu'elle est folle, y écrivait-elle. Si un homme est fou, on dit qu'il a du génie. Voilà, dit l'Euguélionne, entre beaucoup d'autres, un puissant ressort au mutisme des femmes.   […]

1019. Résister est bien, dit l'Euguélionne, transgresser est mieux. 

dimanche 19 juin 2011

Appel à contributions

Appel à contributions - Illustrations

Pour la nouvelle revue féministe des Furies,
nous sommes à la recherche d’illustrations/dessins/photos pour la page couverture ainsi que l’accompagnement des articles. Il n’y a pas de critères spécifiques sinon rester en lien avec le féminisme. La thématique du premier numéro sera : ''Le corps'' où nous aborderons des sujet comme l’avortement, la violence, le poids, l’âge etc.

À noter que vous pouvez également soumettre des œuvres sans lien avec la thématique, celles-ci pourraient toujours être utiles.

Le tout se fait de manière volontaire sans rémunération sinon notre infinie gratitude et la mention de votre contribution.

Date limite : 1 août

Pour nous envoyer vos œuvres : lesfuries@gmail.com


Appel à contributions - Graphiste

Pour la nouvelle revue féministe des Furies
Nous sommes également à la recherche d’une personne disponible pour effectuer le design de la revue.

Le tout se fait de manière volontaire sans rémunération sinon notre infinie gratitude et la mention de votre contribution.

Pour nous contacter : lesfuries@gmail.com


vendredi 14 janvier 2011

The Power is in the Vag!

Connaissez-vous Vag Magazine? Sinon, il faut absolument que vous écoutiez ça!

Vag Magazine est une web-série (anglophone et états-unienne) satirique dépeignant une bande de féministes "3ème vague" qui créent un magazine. Définitivement dans l'autodérision, mais en restant dans le gentil, cette série là me fait pisser de rire!


"VAG MAGAZINE is not your grandma's feminist magazine, though we support her as a woman. Go behind the scenes at this hipster third-wave feminist magazine with founders FENNEL, SYLVIE, and BETHANY, staffers HEAVY FLO (a hero on the roller derby circuit), REBA (truly a legend of gonzo feminist pop culture journalism), and MEGHAN (the lone holdover from fashion magazine Gemma, which the Vag founders bought out with the proceeds from their Etsy shop), as well as enthusiastic intern KIT, as they teach you how to be a better woman."

Voilà le premier épisode, les autres se trouvent ici.

Vag Magazine Episode 1: "Fumbling Toward Ecstasy" from Vag Magazine on Vimeo.


En bonus, notre top 5 des meilleures répliques:

5- The power is in the Vag

4- You'll neeeeever be cunts, you'll never smell like cunts, you'll never feel like cunts...(Ep.4)

3- Kit! Take off that skirt. You're like a tool of the patriarchy. (Ep.2)

2-The patriarchy wants us to plug it up, but I let it flow free like a river of womanhood. (Ep.3) (à propos des menstruations)

1- Bettany -Jaybird, what are you doing here?
Jaybird - Smashing the patriarchy. It's what I do everywhere. (Ep.6)

jeudi 2 décembre 2010

Le "Summum" de la médiocrité

J'ai assisté cette semaine à une conférence très intéressante donnée par Lori Saint-Martin, professeure de littérature et chercheuse à l'Institut de recherche en études féministes de l'UQAM.

La conférence, intitulée "Ce que la presse masculine dit aux hommes", comprenait des résultats préliminaires de recherche qu'elle mène entre autre sur le magazine Summum.

Sans surprise, ses conclusions étaient que Summum était un magazine sans substance, avec un contenu très pauvre et qui présentait une image des hommes et des femmes très restreinte et stéréotypée. Elle énonçait entre autre les constats suivants:

1- Beaucoup d'hommes habillés et énormement de femmes à poil.


Summum se targue d'être "sexy mais non vulgaire" et ne veut pas être associé à des magazines pornographiques comme Playboy. Je vous laisse juger de l'atteinte ou non de cet objectif...




2- Le contenu rédactionnel est merdique.

Le contenu est axé sur des chroniques techno-auto-sexo principalement. On retrouve à chaque numéro un "dossier" de deux pages sur un "enjeu" de société. Exemple, ce mois-ci, Summum nous parle d'immigration clandestine. On s'entend qu'en deux pages, dont une de photo, tu fais pas trop le tour du sujet. Ce pseudo-vernis intellectuel craque assez vite de toute façon considérant que le 3/4 du magazine est constitué de photos de filles.

3- La construction des genres....s't'une job payante ça?

On s'en doutait, la vision des sexes présentée est essentialiste. On verra par exemple dans une chronique que "les femmes ne sont biologiquement pas faites pour le cul", sans plus d'explications. On associera allègrement l'homme au barbecue et la femme à la moppe. Plus que tout, on fera un éloge infini de cette merveilleuse complémentarité des sexes dans une floppée de chroniques psycho-sexo-pop qui justifieront que les hommes aient besoin d'écouter de la porno et de fourrer partout à cause de leurs gamètes reproductrices à tête chercheuse.

4- Fuck les féministes!

On en parle peu (heureusement), car en mal. On dénonce le Conseil du statut de la femme, le féminisme paléolithique et castrant. Les seules bonnes féministes (selon eux) sont celles qui dénoncent les autres plus "radicales" (comme celles du CSF...).

5 - Il n'y a qu'un seul type d'homme.

En voulant se détacher complètement du modèle du magazine féminin, Summum a créé un homme qui n'éprouve aucun sentiment à part de de l'excitation et de la colère. Un homme pour qui toutes les relations interpersonnelles (on s'entend qu'ils n'utilisent pas cette expression là!) avec les femmes ne repose que sur les rapports sexuels. Un homme plutôt seul, car on ne parle même pas de famille, d'amis ou de collègues dans ces pages. La masturbation est un plaisir solitaire faut croire. ;)


Certains me diront peut-être : "Oui, mais ya Summun Girl aussi, c'est égalitaire tu vois." Non.
Je concède le gars en bobettes sur la couverture, c'est tout. Summum Girl, c'est des pages et des pages de conseils relationnels, de "Comment faire grimper son homme aux rideaux en 2 étapes faciles", et de tests stupides. Summum Girl, ça parle de maquillage, de linge pis de comment plaire à tout prix.

Un exemple. Sur le site de Summum, on a en permanence des filles de toutes les régions du Québec qui soumettent leur candidature (sous forme de photos sexy) pour être la Summum girl du mois, la girl next door hot. Pour qu'elle gagne, les gars doivent voter pour elle sur le site à chaque mois. Sur le site de Summum Girl, le seul concours qu'il y ait eu, c'était Célibataires Hot et je ne suis pas certaine que les filles avaient à voter. Donc les filles se cherchent un chum, et les gars se cherchent une pl***e.

Somme toute, Summum c'est de la grosse marde. Ce n'est qu'un outil de plus pour renforcer les stéréotypes et objectiver les femmes (et même les hommes avec Summum girl) de plus en plus. En plus, personne peut s'en sauver en disant qu'il l'achète pour les articles! Messieurs qui consommez Summum, s'il-vous-plaît, achetez autre chose...genre le Monde Diplomatique là, pas genre Penthouse!

samedi 20 novembre 2010

Course aux cadeaux...





La fête de la consommation approche (mieux connue sous le nom de Noël), la course aux millions de cadeaux également… et inévitablement mon découragement face à tout ce phénomène. Il faut qu’en plus de la surconsommation, on voit les allées habituelles de jouets qui ressemblent à ceci…



L'année dernière, j'ai également profité de cette période de l'année pour parler des jouets sexistes; Bleu, Rose ... Jouets sexistes Et bien! Je récidive!

De belles affiches sur le sujet! (Possible matériel de sensibilisation?)



Affiches trouvées via Redonnons la parole aux murs -Mai 68



Suggestions!

Vous pensez acheter un livre! Et bien un autre ancien article qui pourrais vous intéresser pour choisir un livre égalitaire!
Grille d'observation; Est-ce que ce livre est égalitaire?

Et petite idée livre;
Le féminisme québécois raconté à Camille
Micheline Dumont


Qui est donc cette jeune femme qui court dans la rue ? Où va-t-elle? À l’image de cette jeune femme, les Québécoises ont avancé vers leur liberté et leur autonomie, parfois en courant, parfois à petits pas. C’est cette passionnante histoire, déjà longue de plus de 100 ans, dont Micheline Dumont relate les multiples épisodes, dans ce récit adressé à Camille, sa petite-fille âgée de 15 ans.

Ce récit s’amorce à la fin du XIXe siècle, alors qu’un peu partout dans le monde, les femmes de la bourgeoisie entreprennent de faire entendre leur voix dans une société dominée par les hommes. Au Québec, quelques audacieuses se lancent dans ce projet. Elles nous paraissent aujourd’hui bien timides, pourtant on les accusait alors de vouloir briser la société.

Après plus d’un siècle d’action, le féminisme a réussi à transformer la condition des femmes du Québec et à rejoindre les femmes du monde entier. Profondément convaincue qu’une meilleure connaissance de notre histoire nous aidera à comprendre que le féminisme n’est ni dépassé ni inutile, mais au contraire toujours nécessaire, Micheline Dumont a mis à profit sa vaste expérience d’historienne pour écrire ce livre d’histoire vivante.

«Ce livre s’adresse aux jeunes femmes du XXIe siècle, à qui je souhaite raconter l’histoire du féminisme au Québec depuis plus d’un siècle. Il s’adresse aussi à toutes les femmes qui n’ont pas beaucoup d’atomes crochus avec les livres savants, avec les notes au bas des pages ou avec les rapports de recherche.» — Micheline Dumont, extrait de l’avant-propos

Et pour finir n'hésitez pas à discuter avec votre entourage des jouets sexistes et de leur effets sur la construction sociale des enfants!

G.S

lundi 23 août 2010

Le club des genres



J'ai vu la collection de livres pour enfants Club des gars/Club des filles de Presses aventures (maison d'édition québécoise) dans une librairie, juste la division de la collection selon le genre m'exaspérait un peu, mais je suis aller feuilleter quand même pour voir le contenu... pas fameux non plus...


D'abord les titres, couleurs et images des couvertures sont dans le pure esprit de la division social du genre, les garçons sont en action (aventure, voyageurs) et les filles dans l'émotion (secret, amitié)


Et juste au cas où la page couverture ne vous rappelle pas encore assez que vous devez être une ''vrai'' fille ou un ''vrai'' gars, le contenu des livres vous explique comment!

Résumé de l'éditeur;
Club des gars - Comment être le meilleur
Voici le livre que tous les garçons, petits et grands attendaient.
Tu y découvriras cent une astuces pour apprendre à être le meilleur en tout.

Apprends notamment à survivre dans l'espace, lire l'avenir dans les feuilles de thé, combattre un crocodile, siffler avec un brin d'herbe, éviter d'être dévoré par un ours, déchirer un annuaire à main nues, et plus encore!

Club des gars - Le manuel des voyageurs du temps
Tu apprendras à chasser le tyrannosaure à la préhistoire et à rôtir un loi en compagnie d'un légionnaire romain. Découvres comment survivre au naufrage du Titanic et fais tes premiers pas sur la Lune.

Club des filles - Le livre des secrets
Découvre tous les secrets pour être une fille populaire, sûre d'elle-même et en pleine possession de ses moyens.

Tu apprendra comment garder un secret, fabriquer un journal intime qui a du style, te maquiller sans maquillage, écrire des codes secrets, former un club secret, et bien plus encore!

Ce livre te révélera toutes les habiletés à développer pour être bien dans ta peau et pour te maîtriser, peu importe ce que la vie mettra sur ton chemin.

Club des filles - Comment être la meilleure
Voici le livre que toutes les filles, jeunes et moins jeunes, attendaient! Il regorge de mille astuces pour apprendre à être la meilleure en tout.

Apprends comment expliquer tes retards, être jolie sur les photos, réussir tes soirées pyjamas, apprendre à ton chien à donner la patte, survivre dans un film d'horreur, régler tes conflits à l'école, transformer une feuille de papier en grenouille, et plus encore!
Bref, un gros bou à cette collection qui ne déroge pas d'un iota des stéréotypes de genre!

G.S

mercredi 18 août 2010

Livre: Les femmes et la science


Gérard Chazal. Les femmes et la science.Paris, Ellipses, 2006, 136p.

Une de mes dernières lectures qui m'a d'ailleurs inspirée mon article précédent sur Sophie Germain et probablement des articles à venir!

Je ne suis pas une fervente de sciences (surtout ''pures'') en partant, alors ça enlève surement un peu de mon intérêt pour le sujet, mais ça reste un bon livre. L'introduction du livre fait une déconstruction rapide de l'argumentation naturaliste de la ''nature féminine'' qui essaie de justifier le peu de place qu'occupent les femmes en sciences actuellement et leur exclusion dans le passé. Cette analyse donne donc un bon ton pour le reste du livre qui essentiellement rapporte des cas de femmes qui se sont démarquées en science de l'Antiquité à aujourd'hui.

La vulgarisation de certains passages plus techniques (enfin pour quelqu'un comme moi qui n'a pas des tonnes de connaissances en chimie, physique et mathématique) est un peu à désirer, mais on comprend tout de même l'essentiel.

Le livre part d'une belle idée, démontrer que les femmes ne sont pas absentes du domaine des sciences ''pures'' et que malgré les tonnes de préjugés en leur défaveur certaines ont brillamment réussit. Le processus pour le montrer est un peu décousu, mais le résultat est là, on ne peut qu'admirer le courage et la ferveur des femmes qui nous sont présentées tout au long de notre lecture! Juste pour connaître ces femmes (tombées dans l'oubli) ça vaut la peine et pour les amoureux-euses de sciences je le conseille encore plus.

Présentation de l'éditeur

Un constat : les filles sont beaucoup moins nombreuses à s'engager dans des études scientifiques, les femmes moins nombreuses dans les carrières liées aux sciences. Cela est-il le fait d'une " nature féminine " qui serait incompatible avec les sciences ou bien le résultat d'une violence faite aux femmes depuis des siècles leur interdisant l'accès au savoir, les confinant dans des tâches subalternes, les enfermant dans le soin du ménage et des enfants ? L'auteur a tenté dans cet ouvrage de montrer qu'il a
existé une véritable discrimination vis-à-vis des femmes quant à la possibilité qu'elles participent à la constitution des savoirs. Pire, il y eut dans l'histoire de très grandes figures de femmes scientifiques mais on a trop souvent occulté leur nom et leurs apports. Elles ont ajouté à leur génie de savantes le courage de leur lutte pour s'imposer dans un monde masculin des sciences. C'est donc à un tableau de ces femmes remarquables que ce livre est consacré, à leurs apports éminents aux savoirs de l'humanité, aux obstacles culturels, idéologiques et sociaux qu'elles ont dû vaincre. Depuis Hypatie assassinée sur les pavés d'Alexandrie par les fanatiques chrétiens à Lise Meitner injustement privée de prix Nobel, en passant par la Marquise du Châtelet et Marie Curie, ce livre se veut une rapide histoire qui rende justice aux femmes en sciences. En astronomie, en mathématiques, en physique, en chimie, en biologie, en médecine, elles ont été sur tous les fronts de la recherche, pionnières dont il est peut-être temps de sortir les noms de l'oubli en rappelant ce que furent leur vie, leurs combats et leurs succès.

Biographie de l'auteur

Gérard Chazal est professeur d'histoire et philosophie des sciences à l'Université de Bourgogne. Dernières publications : Interfaces, enquête sur les mondes intermédiaires, Champ Vallon, 2002, Les médiations théoriques, Champ Vallon, 2004.




G.S

mardi 10 août 2010

Elles disent que...

Elles disent qu'elles exposent leurs sexes afin que le soleil s'y réfléchisse comme dans un miroir. Elles disent qu'elles retiennent son éclat. Elles disent que les poils du pubis sont comme une toile d'araignée qui capture les rayons. On les voit courir à grandes enjambées. Elles sont tout illuminées en leur milieu, à partir des pubis des clitoris encapuchonnés des nymphes doubles et plissées. L'éclat qu'elles jettent en s'immobilisant et en se tournant de face fait que les yeux se fixent ailleurs n'en pouvant supporter la vue.
- Monique Wittig , Les Guérillères (p.24)

Roman poésie, écrit seulement au féminin, Les Guérillères nous raconte un monde peuplé de femmes, où les femmes se réapproprient leur langage et luttent contre l'oppression masculine. Dans la première partie, Monique Wittig (auteure entre autre de La pensée straight) nous parle de leur mode de vie alors que dans la seconde partie, on voit les femmes guerrières et leur lutte contre les hommes qui veulent les dominer. Le récit est plutôt décousu, composé d'une multitude d'extraits entrecoupé de noms de femmes plutôt que d'un texte suivi. À lire tout de même, car les épopées féministes sont rares!

Elles parlent ensemble du danger qu'elles ont été pour le pouvoir, elles racontent comment on les a brûlées sur des bûchers pour les empêcher à l'avenir de s'assembler. Elles ont pu commander aux tempêtes, faire sombrer des flottes, défaire des armées. Elles ont été maîtresses des poisons des vents des volontés. Elles ont pu à leur gré exercer leur pouvoir et transférer toutes sortes de personnalités dans de simples animaux, des oies des cochons des oiseaux des tortues. Elles ont commandé à la vie et à la mort. Leur puissance conjuguée a menacé les hiérarchies les systèmes de gouvernement les autorités. Leur savoir a rivalisé avec succès avec le savoir officiel auquel elles n'ont pas eu accès, il l'a mis au défi, il l'a pris en défaut, il l'a menacé, il l'a fait paraître inefficace. Aucune police n'a été trop puissante pour les traquer, aucune délation trop opportuniste, aucun supplice trop brutal, aucune armée n'a paru trop disproportionnée en force pour s'attaquer à elles une par une et les détruire. Elles alors entonnent le chant célèbre qui commence par, malgré tous les maux dont ils veulent m'accabler / je reste aussi ferme que le fourneau à trois pieds.
(p.127-128)

Les Guérillères aux Éditions de Minuit

Autres passages ici.

lundi 5 juillet 2010

Livre : Marie Gérin-Lajoie, conquérante de la liberté

Une des mes lectures récentes...

Anne-Marie Sicotte. Marie Gérin-Lajoie, Conquérante de la liberté. Montréal, Les éditions du
remue-ménage, 2005, 503 p.




Ce livre est une biographie très bien faites et accessible à tous et toutes. On peut y voir le parcours assez exceptionnel de Marie Gérin-Lajoie (1867-1945), une des premières femmes à s’insurger contre la condition des femmes au Canada et plus particulièrement des catholiques francophones. Documenté à même le fond d'archives de Marie Gérin-Lajoie, la recherche historique est très complète et plusieurs encadrés viennent apporter des éléments de plus au texte. Ces écrits publics autant que personnels sont énormément utilisé, ce qui nous rend bien l’état d’esprit de Marie Gérin Lajoie et les obstacles qu’elle a rencontré tout au long de sa vie. Bref, j’ai bien aimé! Par un tour de passe-passe assez remarquables, l’auteure réussi à mettre énormément de contenu sans rendre le livre ennuyant ou trop long. J’apprécie le fait qu’on parle non seulement des évènements importants et des accomplissements de Marie, mais également de ses doutes et remises en question. Un très bon livre, une femme inspirante et une lecture qui redonne une bonne dose de courage en nous rappelant les combats des femmes avant nous!



Sommaire de la maison d'édition:
Elle a été première ministre de la solidarité féminine, et la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, qu’elle a fondée, fut le siège de son gouvernement. Pendant un demi-siècle, Marie Gérin-Lajoie a déployé une infatigable ardeur à combattre les préjugés véhiculés au sujet des femmes, considérées alors par beaucoup comme des êtres influençables aux nerfs fragiles et aux facultés intellectuelles limitées. Cette biographie met en relief la destinée exceptionnelle de cette pionnière de la lutte pour le droit de vote et le droit à l’éducation pour les femmes du Canada français. Inlassablement, elle a dénoncé la situation au moyen d’une pensée sociale originale, transformant sa foi en volonté d’action. Indignée d’être, uniquement à cause de son sexe, une citoyenne de seconde classe à qui l’on interdit non seulement un éventail de professions, mais aussi l’exercice du droit de vote, elle a mis sur pied des regroupements syndicaux pour diverses catégories de travailleuses et fondé une fédération d’associations féminines qui a transformé la parole des femmes isolées en une puissante voix collective. Elle a ainsi ouvert la formidable brèche grâce à laquelle la génération suivante de féministes (dont sa propre fille, sœur Marie Gérin-Lajoie, et les militantes Idola Saint-Jean et Thérèse Casgrain) a pu obtenir des victoires significatives. En ce sens, elle a pavé la voie à l’explosion du mouvement féministe québécois à partir des années 1960.




G.S

jeudi 10 juin 2010

Tragédie égyptienne

Une amie m'a prêté la semaine passée le roman Woman at point zero par l'auteure égyptienne Nawal El Saadawi. Saadawi a été et est toujours une militante politique et féministe très active en Égypte. Elle a fait face à l'emprisonnement plusieurs années à cause de ses idées politiques et de ses écrits. Vous pouvez lire ici un article la concernant.

Son roman nous présente la vie d'une femme, Firdaus, condamnée à mort pour le meurtre de son pimp. À la veille de sa mort, elle accepte de raconter son histoire à une psychiatre venue la visiter.

Firdaus doit sans cesse passer d'une situation de violence à une autre. Un mari violent, un oncle qui lui refuse l'hébergement, un bon samaritain que se révèle être comme les autres hommes qu'elle a connu. De fil en aiguille, elle devient prostituée et y trouve un certain contrôle sur sa vie. Alors qu'elle vit bien de la prostitution, un homme lui dit qu'elle n'est pas une femme respectable et elle décide d'aller travailler dans un bureau. Voici ce qu'elle en déduit:

"I came to realize that a female employee is more afraid of losing her job than a prostitute is of losing her life. An employee is scared of losing her job an becoming a prostitute because she does not understand that the prostitute's life is in fact better than hers. And so she pays the price of her illusory fears with her life, her health, her body, and her mind. She pays the highest price for things of the lowest value. I now knew that all of us were prostitutes who sold themselves at varying prices, and that an expensive prostitute was better than a cheap one. I also knew that if I lost my job, all I would lose with it was the miserable salary, the contempt I would read every day in the eyes of the higher level executives when they look at the lesser female officials, the humiliating pressure of male bodies on mine when I rode in the bus, and the long morning queue in front of a perpetually overflowing toilet."


Elle recommence finalement à se prostituer lorsqu'elle découvre qu'elle était plus respectée en tant que prostituée. Un jour, un pimp s'impose à elle en la menaçant de violence. Elle doit lui donner la plupart de ses revenus. Le jour où elle veut le quitter et qu'il lui dit qu'il ne la laissera jamais partir, elle le tue et se retrouve en prison.
"I am saying that you are criminals, all of you: the fathers, the uncles, the husbands, the pimps, the lawyers, the doctors, the journalists, and all men of all professions.

They said, "You are a savage and dangerous women."

I am speaking the truth. And truth is savage and dangerous.

They put steel handcuffs around my wrists, and led me off to prison. In prison they kept me in a room where the windows and the doors were always shut. I knew why they were so afraid of me. I was the only woman who had torn the mask away, and exposed the face of their ugly reality. They condemned me to death not because I had killed a man - there are thousands of people being killed every day - but because they are afraid to let me live. They know that as long as I am alive they will not be safe, that I shall kill them. My life means their death. My death means their life. They want to live."

Firdaus, convaincue que ce n'est pas elle la criminelle, tient tête à ceux qui voudrait lui trouver une faiblesse en lui offrant une possibilité d'alléger sa peine. Elle choisit de mourir, plutôt que de se soumettre à nouveau.

Pour une entrevue sur le livre avec l'auteur, il y a ici un podcast intéressant.

Vous pouvez lire ici, les 23 premières pages du roman.

mardi 1 juin 2010

Down There ...

J'ai lu cette semaine Les Monologues du vagin d'Eve Ensler. Il y a peut-être la moitié d'entre vous qui se dit: Quéssé ça?! et l'autre moitié : "Ben voyons, t'avais pas lu ça encore?!". Eh oui. Je regrette pas de l'avoir fait! Je comprends maintenant la popularité du texte et des représentations théâtrales qui viennent avec.

Donc, en résumé, Eve Ensler a fait plus de 200 entrevues avec des femmes de toutes origines, classes, etc, avec pour but de les faire parler du vagin, de leur vagin. Elle en est ressortie avec plusieurs histoires drôles, touchantes, tristes et en même temps universelles.

Je vous mets ici un vidéo de l'extrait du livre que j'ai préféré.




Les Monologues sont liés avec le V-Day, un mouvement contre la violence faite aux femmes.
Il y a aussi une section montréalaise qui monte les Monologues au théâtre chaque année.

Quand je parle de drôle, voilà un exemple :

"What does a vagine smell like?

Earth.
Wet garbage.
God.
Water.
A brand-new morning.
Depth.
Sweet ginger.
Sweat.
Depends.
Musk.
Me.
No smell, I've been told.
Pineapple.
Chalice essence.
Paloma Picasso.
Earthy meat and musk.
Cinnamon and cloves.
Roses.
Spicy musky jasmine forest, deep, deep forest.
Damp moss.
Yummy candy.
The South Pacific.
Somewhere between fish and lilac.
Peaches.
The woods.
Ripe fruit.
Strawberry-kiwi tea.
Fish.
Heaven.
Vinegar and water.
Light, sweet liquor.
Cheese.
Ocean.
Sexy.
A sponge.
The beginning."

Envie de répondre aussi?

En faisant ma petite recherche je suis tombée aussi sur ce numéro de danse, interprété lors du V-day en 2004, à Boston.

Ah oui, et très important, si vous avez envie de lire les monologues, il y a ici une version française sous forme de brochure.

mardi 18 mai 2010

Grille d'observation; Est-ce que ce livre est égalitaire?

J'ai trouvé cette grille d'observation des documents scolaires dans un fichier PDF destinée à des enseignants et enseignantes. Je le trouve très bien fait et je crois qu'il peut très bien s'appliquer aux livres pour enfants. Ce n'est pas toujours évident pour des parents, la famille, des ami-e-s, les bibliothécaires etc de distinguer un livre sexiste d'un livre égalitaire. La grille peut donc aider à guider notre réflexion sur les ouvrages qu'on choisi!



Se réaliser dans l’égalité
Document à l’usage
des enseignant-e-s de Suisse romande
Degrés 7 à 9
Auteure: Sylvie Durrer

1. Qui sont les auteur-e-s de votre document ?
Nombre de femmes ? Nombre d'hommes ?

2. Combien de femmes ou de filles sont représentées dans le document ?
a. au niveau de la couverture ?
b. au niveau de l'image ?
c. au niveau du texte ?


3. Combien d’hommes ou de garçons sont représentés dans le document ?
a. au niveau de la couverture ?
b. au niveau de l'image ?
c. au niveau du texte ?


4. Y a-t-il des personnages principaux ? Le cas échéant, qui sont-ils ?

5. Comment les personnages principaux sont-ils dessinés ? Quelles sont leurs éventuelles caractéristiques physiques ? Leur habillement ? Leur coiffure ?

6. Comment les personnages principaux sont-ils décrits ?
a. Physiquement ?
b. Moralement ?
c. Socialement ?

7. Quels sont leurs métiers ? Leurs fonctions ?

8. Comment les personnages secondaires sont-ils dessinés ?

9. Comment les personnages secondaires sont-ils décrits ?
a. Physiquement ?
b. Moralement ?
c. Socialement ?


10. Quels sont leurs métiers ? Leurs fonctions ?

11. Les personnages principaux sont-ils présentés positivement ?

12. Tous les personnages principaux ont-ils également droit à la parole ?

13. Quel est votre sentiment général sur la représentation des hommes et des femmes,des filles et des garçons ?

14. Quels sont les points forts et les points faibles du document dans une perspective de représentation égalitaire des sexes ?

15. Quel est le degré de réalisme, de modernisme ou de conservatisme ?

16. Conclusion : ce document est-il égalitaire ?
Plutôt oui Plutôt non


La grille est un extrait du Document à l’usage des enseignant-e-s de Suisse romande

G.S

mardi 6 avril 2010

Revue SexFem sur la sexualité féminine - Recueil de Campus féministe


Les membres de Campus féministe et des collaboratrices externes ont publié une revue sur la sexualité féminine et le féminisme (disponible en ligne en format PDF)

***La revue n'est plus hébergée sur ce lien, vous pouvez toutefois nous écrire et nous vous la ferons parvenir;
***

Nouvelles érotiques, réflexions féministes, relations homme-femme, poésie et bien plus!




Voici la contribution des Furies:


Singulier ou pluriel…


La sexualité… le sexe, le plaisir, le pénis, le vagin, le corps, un bel homme, une belle femme, un rapport sexuel, la pilule, le condom, le désir… toujours un, toujours une seule vision mais pourtant…

La sexualité est bien le domaine le plus éclectique qui soit. S’il est des choses sur lesquelles on croit avoir le contrôle, ce sont bien nos pratiques sexuelles. Notre sexualité nous semble personnelle, alors qu’elle est régie par le politique. S’il y a une multitude de personnes différentes, pourquoi n’y aurait-il qu’une seule sexualité envisageable?

Sous peine d’être marginalisé-es ou ridiculisé-es, nous devons nous astreindre à un large éventail de normes, de codes, et de prescriptions, qu’elles soient morales, médicales ou autre. Ces normes nous dictent et nous conditionnent à agir selon ce qui est « normal » donc souhaitable, par opposition à ce qui est « anormal » et considéré comme pervers, menaçant, subversif. La sexologie actuelle et passée est trop souvent basée sur cette dichotomie excluante et opprimante. Les médias et la pornographie sont les principaux moyens de transmission de cette idéologie de la « normalité ». Des comportements autrefois considérés déviants (par exemple la sodomie, la masturbation) sont aujourd’hui autorisés sous certaines conditions strictes, évitant ainsi toutes remises en question des rôles.

Alors qu’on nie leur vie sexuelle aux enfants et aux personnes âgées, le reste des hommes et femmes sont tenus d’avoir une vie sexuelle le plus active possible en fonction de leur âge, mais aussi en fonction de leur classe sociale ou de leur origine ethnique. Ce type d’attente a pour résultat par exemple qu’une jeune femme ou un jeune homme dans la vingtaine et toujours « vierge » (concept à remettre en question d’ailleurs, puisqu’il est essentiellement culturel) se sentira complexé-e par son état.

Même chose pour l’hétérocentrisme (système de pensée idéologique faisant de l'hétérosexualité la norme unique à suivre en matière de pratique sexuelle) qui peut rendre extrêmement difficile par exemple la découverte et l’acceptation d’une orientation sexuelle différente de l’hétérosexualité. Il en résulte la plupart du temps du déni, de l’insécurité, de la confusion et surtout de la peur face à la répression homophobe, lesbophobe, et autres.

Le phallocentrisme (dont la définition générale est la domination des hommes sur les femmes, mais qui dans ce cas-ci est utilisé dans une perspective de pratique sexuelle) nous apprend qu’un rapport sexuel est essentiellement défini par une pénétration pénis-vagin. Renforçant ainsi l’idée d’une sexualité ne pouvant être complète et satisfaisante qu’en étant vécue par un homme et une femme, comportant une pénétration et procurant sans faute du plaisir aux deux parties. Si le plaisir n’est pas atteint par cette méthode infaillible, il y a forcément une des deux personnes qui a des troubles sexuels à résoudre. Inutile de rappeler le tort que ce genre de conception a causé dans le passé.

Au lieu de chercher à apprendre à nous connaître, à nous écouter et à nous découvrir, nous cherchons (et surtout angoissons) sur ce qu’il faut faire, ce qui est bien/mal, ce qui est correct, normal. Il faut être à la hauteur… mais de quoi au juste? Il faut rester dans les limites de LA sexualité, mais à quel prix…

Il est temps d’accepter et de revendiquer notre droit à une sexualité plurielle, inventive, large et satisfaisante, et cela selon nos propres besoins, nos propres définitions, nos propres désirs. Un modèle unique n’incite pas à la découverte, la communication, la pluralité, la connaissance et l’écoute de soi et de l’autre. Une norme par définition nous limite. Pour être bien avec nous-mêmes et vivre pleinement notre sexualité, il faut briser cette vision unique de ce que devrait être LA sexualité et trouver les nôtres. Reconnaissons la multitude de comportements sexuels sains et la diversité de nos sexualités humaines.

Les sexualités… des réalités qui se composent d’individus qui ont des corps et des désirs multiples, ces personnes vivent des sexualités ou pas selon leurs choix. Il existe plusieurs rapports sexuels et orientations sexuelles qu’on peut découvrir et explorer. Bref, il existe une diversité de manière de vivre LES sexualitéS!







G.S

mercredi 20 mai 2009

Parlant de grève...


La grève du sexe m'a rappelé une autre grève. Celle d'un texte d'Éva Circé-Côté qu'on retrouve dans le livre La pensée féministe au Québec : Anthologie. Je le retranscris ici pour vous en faire profiter :)


* Éva Circé-Côté est une journaliste dans les années 20 qui tient des propos très radicaux pour l'époque. Elle écrit entre autre pour le journal Le Monde Ouvrier une chronique hebdomadaire traitant de sujet intéressant les féministes ou les ouvriers. Toutefois, elle écrit sa chronique sous un pseudonyme masculin, ce qui lui a sans doute permis en fait de s'exprimer plus librement. *


La Grève des Femmes (1919)

Les grèves sont à la mode(...). Pour une grève qui réussit, trois vous éclatent dans la main et les morceaux entrent dans la chair. La grève Vickers n'a pas eu tout-à-fait le succès qu'on en attendait, et combien d'autres ont misérablement avorté sans avoir tenu leurs promesses (...).

Les relations entre patrons et ouvriers sont plus tendues, le tonnerre gronde dans le lointain, un éclair sillonne la nue, un calme chargé d'électricité vous oppresse. On sent que ça vient. Maintenant, sans pronostics avant-coureurs, par un beau soleil, avec un ciel sans nuage, bing! bang! le sinistre vous tombe dessus. Chaque jour, il en surgit une nouvelle, une variété qu'on ne connaissait pas. La dernière à l'horizon, après celle des barbiers, des vidangeurs, c'est celle des femmes mariées, contre leurs maris, le boss de la maison, mais celles-là ont des griefs sérieux. Voici leur prétentions, prenez-en connaissance, et vous verrez si elles ont raison de lever l'étendard de la révolte.

Depuis dix, quinze, vingt ans et plus, nous sommes au service d'un homme qui ne nous paie pas. Nous lui tenons lieu de servante, nous lui donnons des enfants par dessus le marché, et il se fait tirer l'oreille pour nous acheter une robe et un chapeau par année. Si nous n'avions la chance, quand il dort, de lui subtiliser une piastre de temps à autre dans ses poches de pantalon, les petits seraient tout nus comme des enfants Jésus, ils gèleraient comme des cretons sans ce larcin. Si nous voulons une paire de bottines, il faut bouder pendant huit jours, faire brûler les patates et le steak, coucher le nez dans la ruelle, ou bien traîner savates. Notre engagement solennel portait qu'en échange de tout ce qu'une femme donne à son mari et qui n'a pas été stipulé sur le contrat, un mari devait de l'amour à sa femme. Il y a belle lurette que nombre d'époux ont cessé de faire des paiements. Ils nous paient en monnaie de singe et vont faire la bouche en coeur et donner de leur argent à des créatures qui ne nous valent pas, qui ne poseraient pas une pièce à leur fond de pantalon, ni un bouton pour empêcher un scandale comme celui qui s'est produit aux vues animées, alors qu'un polisson a été pris en fragrant délit d'exposer sa personne, un petit accident dû à une distraction et peut-être à sa femme qui est du nombre de celles qui , aujourd'hui revendiquent leurs droits.

Nous travaillons, jour et nuit, sans autre traitement que des bordées d'épithètes honteuses qui sortent de la bouche de notre seigneur et maître, alors qu'il nous "traite" de tous les noms de bêtes à poil et à soie qui existent dans la nature.

Nous sommes lasses de dépenser notre jeunesse, nos forces pour servir ce maître impitoyable, et si, d'ici huit jours il ne nous paie pas un salaire d'au moins vingt-cinq dollars par mois, qui n'est pas exorbitant, nous nous mettons en grève. Nous mettrons la marmaille chez les soeurs grises, et nous flanquons la maison là. Tous les jours, nous sortirons en procession et nous irons aux comités. Nous casserons des vitres, nous aussi. Oh! nous avons assez de beaux pétards parmi nous pour faire un feu d'artifice bien nourri. Et comme nous avons la langue bien pendue, nous en ferons des discours , en veux-tu en v'là! Nous allons nous déboutonner, vous verrez cela ; depuis le temps qu'on endure, vous en verrez trente-six chandelles. Prenez vite vos dispositions, c'est notre ultimatum, payez-nous comme la plus inexpérimentée de vos sténographes, comme un chauffeur d'automobile sans licence, telle une commis d'un magasin général à la campagne, ou bien, nous interrompons notre service, nous changeons de "job", nous louerons des chambres, nous organiserons des tag-day et des kermesses, nous tirerons les cartes, nous ferons les modèles aux expositions de mode, c'est à prendre ou à laisser.