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jeudi 1 août 2013

Cosplay, consentement et sexisme en milieu geek

Dernièrement, le sujet du sexisme dans le monde geek s’est emparé du web, notamment cet article qui a largement circulé : «Sexisme chez les geeks : Pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier» et la sortie des premières capsules de Feminist Frequency sur la représentation des femmes dans les jeux vidéos.

Loin de s’essouffler, ces réflexions féministes se poursuivent durant la période estivale. D'ailleurs, ce moment de l'année est marqué par plusieurs conventions où s’exerce un incontournable hobby dans le milieu geek, le cosplay. On retrouve de ces événements au Québec, notamment Le Comiccon de Montréal consacré à la culture populaire (science-fiction, l’horreur, l’anime, les jeux vidéo, les jeux sur table, les comic books) et  l’Otakuthon, un festival d'anime.

Pour les néophytes, qu’est-ce que le cosplay? Le cosplay est une activité qui consiste à se déguiser en personnages de bande dessinée, d’anime, de jeu vidéo, de manga, de film, de télévision ou de livre. À ne pas confondre avec  les costumes d’Halloween, les cosplayers (les personnes qui se costument) se démarquent par un grand souci du détail pour reproduire le costume et jouer le personnage.

Bien que les personnages soient fictifs, le monde du cosplay n’existe pas en vase clos. Ainsi, la communauté du cosplay fait face aux mêmes problématiques et oppressions qu’on peut observer dans la société en général.


Personnages féminins
Les cosplayers interprètent les personnages de leur choix. Cependant ce choix se fait parmi un répertoire influencé par la culture. Les personnages féminins dans les jeux vidéo, la science-fiction, les comic books ou les bandes dessinées sont moins nombreux que les personnages masculins. Elles occupent plus rarement des personnages principaux et plus fréquemment des rôles secondaires. On retrouve en très grande majorité des femmes blanches, minces, jeunes et sexy qui correspondent également à des critères de beauté très peu réalistes. Les costumes et la posture des personnages féminins reflètent ces aspect.  




D’ailleurs, The Hawkeve Initiative le souligne bien au sujet des bandes dessinées. Le concept est simple, on remplace un dessin de personnage féminin dans une posture impossible/hypersexualisée par un superhéro masculin. 




  


 Un homme a d’ailleurs transposé cette initiative artistique au cosplay


Source

Bref, la culture geek tend à limiter les choix de personnages féminins à interpréter tant au niveau du nombre que de la diversité.


«Cosplay is not consent»
De manière plus concrète, le sexisme vécu lors des conventions de cosplay a engendré le mouvement «Cosplay is not consent» (Un costume n’égale pas le consentement). Durant les derniers mois, de plus en plus de cosplayers ont fait part de leurs expériences de harcèlement lors des conventions ou en ligne. Le harcèlement décrit par les femmes passe par des commentaires sur leur physique, des photos prises sans leur consentement, des questions inappropriées, des attouchements, des agressions ou des menaces. «Cosplay is not consent» permet donc de parler du problème, de sensibiliser la communauté geek et de créer des espaces plus sécuritaires. Initiative d’autant plus importante que lorsque des femmes rapportent qu’elles ont subi du harcèlement, on peut lire ou entendre des propos qui s’apparentent énormément à ceux qui vise à rendre responsable les victimes d’agressions sexuelles. 
«Son costume était provoquant, elle cherchait de l’attention. »
«S’habiller comme ça dans des évènements de gars, c’est sûr que... »
«Elle n’aurait pas dû porter un costume aussi sexy»
Bref, des commentaires qui sous-entendent que le costume d’une cosplayer est une invitation au harcèlement. Bien sûr, ceux-ci oublient que même des cosplayers, littéralement couverts de la tête aux pieds subissent des traitements semblables




Normes raciales et critères de beauté
Le harcèlement n’est pas le seul élément qui fait en sorte de créer un climat peu sécuritaire et inclusif dans le monde du cosplay. Ce qui est considéré comme la « norme » au sein de la  communauté geek est également un produit de la société. Beaucoup d’attention est accordée aux femmes cosplayers qui correspondent aux critères de beauté et qui incarne des personnages sexy. Des galeries de photos de « hot female cosplayers » leur sont dédiées. 

D’un autre côté, certains individus se moquent des cosplayers qui choisissent des personnages qui ne correspondent pas à leur genre, leur couleur de peau ou leur type de corps. Ces moqueries se manifestent notamment par les galleries de « Cosplay épic win vs épic fail », qui comparent deux photos du même personnage mais interprété par deux cosplayers différents, une considérée comme une réussite et l’autre un échec. La différence est rarement reliée au costume en tant que tel, mais se trouve essentiellement dans le fait qu’une des deux personnes correspond aux standards de beauté  et l’autre non.
On peut également lire sur le web plusieurs commentaires qui mentionnent qu’un ou une cosplayer qui serait gros-se ne devrait pas jouer de personnage mince ou bien que « pour une personne noire, elle a quand même bien réussi son cosplay. »

D’ailleurs à ce sujet, un témoignage très pertinent de Chaka Cumberbatch suite à une importante polémique lorsqu’elle a publié sur le net une photo de son cosplay d’un personnage de Sailor Moon.


« Online, I was "Nigger Venus," and "Sailor Venus Williams" because I am black.
My nose was too wide, lips were too big, I had a "face like a gorilla" and wasn't suited for such a cute character, because I am black. My wig was too blonde, my wig wasn't blonde enough, or, my wig was ghetto because I was making it ghetto, by being black and having it on my head. »

Traduction
«Sur le net, j’étais surnommée "Nigger Venus" et "Sailor Venus Williams" parce que je suis noire.
Mon nez était trop large, mes lèvres trop grosses, j’avais un "visage de gorille" et je ne correspondais pas bien à ce joli personnage, parce que j’étais noire.  Ma perruque était trop blonde, pas assez blonde ou bien ma perruque faisait guetto parce que je la rendais ghetto en était noire et en la portant. »



Les témoignages ne manquent pas et voici un autre court extrait d’un article tout aussi intéressant de Tabitha Grace Smith sur les raisons pour lesquels elle ne fait pas de cosplay.

«While my body image and confidence are usually fine, going to a big convention filled with scantily clad hotties sends my shields up. I’ve been in earshot of people who snicker and laugh at the plus-sized Batgirls or other cosplayers who don’t fit the skinny actresses they’re portraying. Once I asked one of these curvy girls to pose for a picture and genuine shock crossed her face. Othert imes it’s been a large man in a Roman gladiator outfit who gets laughed at or the plus-sized Princess Leia. Every time I heard these snickers and laughs I was less comfortable with dressing up. »
 Traduction
«Alors que ma perception de moi-même et ma confiance en moi sont habituellement assez bonnes, aller à une grande convention rempli de jolies filles légèrement vêtues me met sur la défensive. J'ai entendu des gens ricaner et se moquer de Batgirls plus-size et d'autres cosplayers qui ne correspondaient pas aux actrices maigres qu'elles interprètaient. Une fois, j'ai demandé à l'une de ces jeunes filles plus rondes de poser pour une photo et un véritable choc a traversé son visage. Une autre fois, c’était un homme en surplus de poids dans un costume de gladiateur romain qui faisait de rire de lui ou une princesse Leia plus-size . Chaque fois que j'ai entendu ces ricanements et ces rires, j'étais moins à l'aise avec le fait de me costumer. »
Tous ces jugements, ces railleries et insultes font en sorte de rendre le cosplay pénible pour plusieurs personnnes ou carrément inenvisageable. Ce constat est encore plus affligeant quand on pense que la plupart des personages de jeux video ou de comic books ont de toute façon des corps humainement impossible à atteindre. Ainsi, le corps des participants et participantes subit une forme de contrôle social par la valorisation ou la dévalorisation des cosplayers.  D’ailleurs, il semble y avoir des liens à faire avec d’autres formes de contrôle social où le corps, surtout celui des femmes, se transforme en propriété publique où tous et chacun peuvent juger comme c’est le cas pour le harcèlement de rue ou les creepshots

Bien qu’inspiré d’univers fictifs, le monde du cosplay reproduit des embûches bel et bien réelles pour les femmes, les personnes racisées et en surplus de poids. De prime abord, ce portrait peut sembler sombre, mais la grande quantité et qualité des textes de réflexion sur les problématiques vécues dans le monde du cosplay montre un désir de changement. Plusieurs conventions se sont doté de règles plus strictes contre le harcèlement, des initiatives viennent souligner de  manière positive la participation des personnes racisées et en surplus de poids et de plus en plus de matériel aborde ces sujets. D’ailleurs, pour  terminer voilà un court vidéo qui décrit les réalités vécues par des cosplayers.  



Pour en savoir plus :

Human Angle: Cosplaying The Part  (Vidéo)

Cosplay, Race, and Fat-Shaming
Despite the Haters, I Love Cosplay.

Cosplayers Are Passionate, Talented Folks. But There's A Darker Side To This Community, Too.

Cosplay Is Not Consent

Costumes Are Not Consent: Combating Cosplayer Harassment

The Beginnings of CONsent

I'm a Black Female Cosplayer And Some People Hate It

Race + Fandom: When Defaulting To White Isn’t An Option

What would you do if you weren’t afraid?

The Cosplay Feminist

Fuck Yeah Fat Cosplay/

More to Love: Fat-Positive Cosplay

Of Corsets and Comics

In defense of Fat Cosplay

Why I Don’t Cosplay

Cosplays With color

Cosplay and Body Type – It Doesn’t Matter!!


Wonderella



lundi 22 avril 2013

Paparazzi & creepshots - Outils de contrôle du corps des femmes



Les magazines sur les célébrités et les potins de la dernière heure sont monnaie courante dans les kiosques à journaux. Le vedettariat américain est d’une importance presque sans mesure, c’est  un des endroits où le phénomène des paparazzis est extrêmement présent. Les paparazzis sont des photographes qui ont pour domaine de prédilection la vie privée des célébrités. Ces photographes, la plupart du temps indépendants, poursuivent les célébrités et  vendent par la suite leurs clichés aux médias. 

Culture «  Paparazzi  »





Il est difficile d’imaginer ce à quoi peut ressembler un quotidien sans vie privée où tous nos faits et gestes peuvent être illustrés sans notre consentement dans les magazines. Question d’avoir un cliché savoureux, les paparazzis cherchent à surprendre les célébrités en situation vulnérable ou jugée «humiliante». On a qu’à  penser aux photos prises d’Amy Whinehouse lorsqu’elle avait vécu des problèmes de consommation de drogue.  On voit  souvent des grands titres qui commentent le physique des stars accompagnés de photos peu flatteuses. Bien sûr, l’article qui accompagne la photo rappelle combien celle-ci a pris du poids, celle-là est laide sans maquillage, l’autre a commis le sacrilège de ne pas se raser…  Loin de s’offusquer d’un traitement aussi rude, le public continue d’acheter ces magazines. 





Certains rétorqueront que c’était leur choix de devenir célèbre, que cela fait partie du jeu et qu’elles doivent l’assumer. On constate à ce moment combien l’entreprise de déshumanisation des célébrités est fortement ancrée dans les mentalités. Et si les paparazzis en avaient soudainement après vous?   Il y a une différence entre une photographie prise à son insu et une photographie prise avec notre consentement, cela vaut pour tout le monde.  D’ailleurs, le déni du consentement qui définit la pratique des paparazzis est une forme de prise de pouvoir sur la personne photographiée. Cette prise de pouvoir s’accompagne souvent de comportements agressifs: poursuite automobile, harcèlement, agression.  Plusieurs vedettes ont fait appel à des injonctions pour se protéger des paparazzis. Les femmes, en plus de l’attitude agressive, doivent parfois faire face au harcèlement sexuel. Par exemple, il n’est pas rare que les paparazzis tentent de faire ce qu’on nomme des «  upskirt shot  », c’est-à-dire de prendre des clichés sous leurs jupes lorsqu’elles sortent d’une automobile. De plus, les journaux font souvent les grands titres en s’offusquant des moments où une vedette s’en prend aux paparazzis oubliant de mentionner le contexte dans lequel la célébrité a commis ces gestes.

Mis à part les conséquences sur la vie privée et la dignité de ces vedettes, en quoi la culture «  paparazzi  »  a-t-elle des impacts sur notre quotidien?  Et bien, si des photographes, des magazines, les médias télévisés ainsi que les consommateurs et consommatrices de ces photos trouvent acceptable le harcèlement subit par les célébrités, plus particulièrement les femmes, vont-ils s’offusquer que le même sort soit réservé à d’autres personnes?


Phénomène des creepshots

En effet, il me semble qu’on peut établir de nombreux liens avec le phénomène des creepshots qui prend de l’expansion sur le web. Qu’est-ce que les creepshots? Ce sont des photos prises d’une personne sans son consentement. Les creepshots sont généralement des clichés des fesses d’une femme, de son décolleté ou d’une prise de vue sous sa jupe.

Sur le populaire site Reddit, où les utilisateurs et utilisatrices peuvent mettre du contenu, ils existent plusieurs forums de creepshots. Les internautes s’y donnent des conseils pour obtenir de bons clichés et publient leurs photos.  On peut y voir des centaines d’images de femmes, attendant le train, emballant leur épicerie, debout sur un escalier roulant,  toujours avec des prises de vue de leurs fesses, de leur poitrine ou de leur entrejambe. On peut également probablement y observer des jeunes femmes mineures puisque plusieurs clichés semblent être pris dans des contextes scolaires. À cela s’ajoute des centaines d’autres sites web qui contribuent à la «  sous-culture  » des creepshots. Le but étant de prendre des photos à l’insu des femmes et des filles, les partager et récolter de la reconnaissance et des commentaires.  Aussi horrifiant cela soit-il, il semble que pour les internautes qui consultent ces sites web et les photographes amateurs qui les alimentent, il soit tout à fait acceptable de violer la vie privée et la dignité d’autrui. La réalité est que le mouvement «  creepshots  » se définie par le fétichisme du non consentement des femmes.

D’ailleurs un de ces sites mentionne explicitement dans sa description le lien étroit entre les creepshots et les paparazzis  : "When you are in public, you do not have a reasonable expectation of privacy. We kindly ask women to respect our right to admire your bodies and stop complaining. We are no different than paparazzi."
(Traduction libre  : Lorsque vous êtes en public, vous ne pouvez pas raisonnablement espérer de vie privée. Nous demandons gentiment aux femmes de respecter notre droit d'admirer leurs corps et d’arrêter de se plaindre. Nous ne sommes pas différents des paparazzis.)


On peut y déceler le message que les femmes devraient accepter le fait que leur corps soit en permanence l’objet du regard masculin, voire même s’en sentir flatter. De plus, on voit bien que les creepshots semblent s’appliquer seulement aux femmes. Une rapide recherche sur le web mène au constat que les victimes de creepshots sont presque exclusivement des filles ou des femmes.

Traduction libre : Ce n'est pas parce que je suis dans un espace
public que mon corps devient une propriété publique.
Ainsi, cette nouvelle tendance tend à renforcer le contrôle de la société sur le corps des femmes. Effectivement, non seulement ces photos dénigrent souvent les femmes qui y figurent, mais elles sont également un symbole puissant qui lance le message que les femmes, où qu’elles soient, peuvent se faire prendre en photo à leur insu et voir celles-ci circuler sur le web avec presque aucun recours. Il semble que l’avènement des nouvelles technologies ait en quelque sorte créé un nouveau type de harcèlement sexuel qui vient renforcer de manière encore plus insidieuse l’idée que les femmes sont disponibles et «  à la merci  » de tous, en tout temps et en tout lieu. Le corps des femmes devient une propriété publique qui peut être possédé, admiré ou dénigré.







Au Québec, l’émission Paparadis

On pourrait croire que le Québec se sauve de cette culture «  paparazzi  », malheureusement nous aurions tort. Effectivement, en 2010, Mélissa Paradis, une paparazzi professionnelle d’Hollywood, s’est associée à VRAK.TV pour diffuser l’émission Paparadis.
« Jet set, primeurs, accès exclusifs... ou interdits! Avec Paparadis, la paparazzi Mélissa Paradis a maintenant son magazine télé et t'entraîne au coeur du star-système hollywoodien! En plus des capsules que tu connais déjà, Mélissa te fait découvrir les coulisses et les lieux les plus glam d'Hollywood, tout en couvrant les événements les plus courus de la capitale du cinéma. » 
L’émission pour adolescentes et adolescents est encore actuellement en onde. On y retrouve  l’attitude malsaine classique des paparazzis. La volonté d’avoir absolument une photo, même si la vedette refuse clairement, est omniprésente.  L’animatrice de l’émission décrit cette aspect de son travail en disant qu’elle doit gérer avec la «  non collaboration  » des vedettes. En d’autres mots, elle essaie d’obtenir les photos qu’elle désire malgré l’absence de consentement.  Bref, une belle émission sur l’art de la violation de la vie privée.


Quelques exemples du langage (similaire à la chasse) utilisée dans le cadre de l’émission  :

«  Quand les stars vont se chercher de quoi à manger, c’est toujours plus facile de les coincer, elles ne peuvent pas se sauver  » 
«  J’ai commencé ma chasse avec John  » 
«  Parfois les vedettes ne veulent pas se faire prendre en photo et tentent de se cacher, il arrive même qu’elles ne collaborent pas du tout  »

Est-ce qu’espionner des célébrités, user de stratégies pour s’infiltrer dans leur vie privé afin de nourrir l’obsession des fans peut être considéré comme un métier que l’on veut présenter aux adolescents et adolescentes comme positif et utile à la société?

Comble de l’hypocrisie, VRAK.TV se targue de promouvoir l'estime de soi et une image corporelle saine et diversifiée dans le cadre d’un concours L'égalité à l'œuvre.

Comment une chaîne peut prétendre encourager l’égalité entre les hommes et les femmes quand elle fait explicitement la promotion d’une industrie qui se base sur le contrôle du corps des femmes. En plus, de rendre «  glamour  » un métier basé sur le non respect du consentement, cette émission propage les messages nocifs de cette industrie qui encourage les femmes à juger et se moquer de l’apparence de leurs consœurs. On est à milles lieux d’inculquer le respect des autres, l’estime de soi et la nécessité d'images corporelles saines et diversifiés aux jeunes filles et garçons. 

Nul doute qu’il faut entamer une sérieuse réflexion sur le phénomène «  paparazzi » et ses dérivés, dont les creepshots. Une remise en question d’autant plus importante qu’à la base cela concerne la notion de consentement ainsi que l’image des femmes et le contrôle de leurs corps. 

Si cet article vous a interpellés, nous vous invitons à laisser des commentaires sur l’émission Paparadis à VRAK.TV, simplement suivre ce lien  : 
Contacter VRAK.TV

Et inviter vos amiEs à faire de même!



mardi 29 mai 2012

Manifestantes et voyeurisme



Vous avez peut-être entendu parler du blog (et du vidéo) Hot Chicks of Occupy Wall Street. En somme, ce sont deux photographes qui ont décidé de compiler des photos de belles femmes selon leurs standards de beauté. Cette citation représente bien l’esprit derrière le concept :
Wow, seeing all those super smart hot chicks at the protest makes me want to be there… Hmmm… Yeah, let’s go with that. 
Traduction libre : Wow, voir toute ces superbes poulettes aux manifestations me donne le goût d’être là… Hmmm… Ouais, allons s’y avec ça. 
Bref, des voyeurs en puissance qui ont fait réagir avec raison les milieux féministes américains. Comme le souligne un article sur SPARK, plusieurs aspects sont problématiques. La vision des militantes propagée par ce type de blog est qu’elles ne se définissent que par leur apparence physique. On se moque de leur combat politique, leur initiative et leur travail; tout ce qui importe c’est si elles plaisent ou non aux deux photographes hétérosexuels du blog. Elles ne sont pas des camarades de lutte, mais des objets sur lequels on peut jeter notre regard. Le pire c’est que ces photos sont souvent prises à l’insu des femmes et sans leur consentement pour ensuite figurer sur un blog ou dans des vidéos pour être soumis au regard de tous. 

On pourrait se dire que ce ne sont que des photographies. Pourquoi en faire un plat? En fait, l’objectification des militantes est loin d’être banale et encore moins l’absence de consentement. Il ne faudrait pas oublier que les militantes vivent l’oppression au quotidien notamment par la brutalité policière sexiste (insultes genrées, fouilles, menaces) et au sein même des milieux de gauche. D’ailleurs la réaction anti-féministe du créateur du blog suite aux critiques est la preuve que rien n’est acquis dans les mouvements contestataires. 

 Est-ce que ce phénomène s'observe dans le cadre de la mobilisation étudiante au Québec?

Il semble que oui. En fait, le souvenir des ''Hot Chicks'' de Occupy m'est revenu en tête lorsque j'ai vu un photographe prendre en photo de très près des manifestantes sans demander leur consentement. D'ailleurs, la plupart était extrêmement mal à l'aise. Il s’avère après une petite recherche rapide parmi les albums photo des manifestations que les portraits des manifestantes sont souvent sensiblement semblables, reflète les stéréotypes de genre et sont parfois très intrusives. Elles représentent le plus souvent des femmes blanches, jeunes et maigres. En plus de l’uniformité, il est difficile de trouver des photographies où on retrouve des femmes en action. Les photos de femmes souriantes qui prennent la pose sont monnaie courante. Femmes qui font des bulles, avec fleurs, avec maquillage rouge, avec un regard pensif,  bref la passivité et le féminin sont associés et appréciés de la plupart des photographes.  Encore une fois, le consentement semble très rare tandis qu’il serait important surtout lorsque des portraits de près sont pris et diffusés largement sur le web. C’est sans oublier le voyeurisme ambiant des quelques manifestations nues qui se sont déroulées au Québec. Les photographes, les médias et parfois les militants eux-même s’émoustillent facilement en voyant des paires de seins, s’en suivent des commentaires pas toujours agréables et une tonne de photos. 

Les femmes prennent la rue pour s’approprier du pouvoir, pas pour qu’on les soumette à un regard sexiste qui les réduit à leur apparence physique. 



Article sur Hot Chicks of Occupy Wall Street
SPARK: The ‘Hot Chicks’ of Occupy Wall Street
Sociological images : On “Hot Chicks of Occupy Wall Street”
Feministe : Hot Chicks of Occupy Wall Street


mardi 1 novembre 2011

Le vagin parfait...

Documentaire (en anglais) très intéressant sur une tendance en expansion : les chirurgies esthétiques du vagin. Réduction des lèvres, restauration de l'hymen, Lisa Rogers explore les raisons sociales et culturelles qui peuvent pousser des femmes jeunes et moins jeunes à recourir à ce genre de chirurgies. Attention, certaines scènes d'opérations ou de nudité peuvent être choquantes pour certaines. Un bon moyen de pousser la réflexion sur l'image que nous avons de nos propres organes génitaux et des tabous qui l'entourent. Via Sexactu.



The perfect vagina from heather leach on Vimeo.

lundi 29 août 2011

Manuel de féminité/virilité 101


Je suis tombée sur des articles assez incroyable sur le site de WikiHow. (Un wikipedia style manuel d’instruction)
Besoin d’un cours sur comment être féminine? C’est votre jour de chance parce que Wikihow a des articles pour vous… How to Be Girly et How to Be a Girly Girl (Comment être féminine et comment être une fille féminine) Les garçons ne sont pas oubliés et on y retrouve également How to Be Manly. (comment être virile/masculin)

D'abord, pour les partisans des arguments essentialistes qui défendent l'idée de LA femme dotée d’une féminité innée et pas du tout construite... j'ai une seule question, si c'est naturel et si évidemment inscrit dans notre génétique pourquoi avoir besoin d'un article pour nous expliquer comment en être une?!

Au-delà de cela, il est également intéressant de s’attarder aux caractéristiques et rôles que ces pages associent à la féminité et à la masculinité.

Je vous épargne les articles complets, j’ai sorti les grandes lignes.




Comment être féminine


Dans les étapes à suivre :

-Si vous allez à une école qui exige l'uniforme, mais voulez rester féminine vous pouvez porter du gloss ou des bijoux.
-Toujours prendre une douche tous les jours.
-Toujours brosser vos dents 3 fois par jour, une fois le matin, le soir et la nuit.
-Toujours prendre soin de vos cheveux pour qu’ils soient magnifiques.
-Lorsque vous êtes en public et même à la maison assurez-vous de surveiller vos manières.
-Assurez-vous que vos vêtements soient super mignons.
-Le vernis à ongles est un élément important, même chose pour les sacs à main.
-Le maquillage est absolument nécessaire.

S’ajoutent des conseils…

-Essayez d'être gentille avec tout le monde, même si vous détestez certaines personnes. Ne le laissez pas montrer, voyez le bon côté des gens!
-Quand vous marchez, ne vous contentez pas de marcher normalement, mais marcher avec style comme un modèle.
-Si vous faites du sport essayez le patinage artistique, la danse ou les meneuses de claques. Tous les sports auxquels vous êtes douées ! Tant que vous ne vous salissez pas trop.



Dans le second article, les étapes sont séparées en 3 catégories, mais on tourne encore autour des mêmes choses…


1-Entretien, Maquillage & Santé

-Prenez soin de votre peau.
-Portez du maquillage.
-Pomponnez-vous tous les jours.
-Ayez une bonne hygiène, rasez-vous.
-Prenez soin de vos ongles.
-Prenez soin de vos cheveux.
-Gardez vos dents belles et blanches.
-Ayez des bons goûts vestimentaires.
-Trainez un sac à main.

2- Vêtements & Style

Assurez-vous que vos vêtements soient super mignons, féminins et à la mode.

3-Comportement

-Remplacez vos mouvements maladroits et brusques par de beaux gestes gracieux. -Soyez gracieuse.
-Avoir une personnalité brillante, pétillante et heureuse.
-Apprenez à bien parler. Jurer ou parler fort ou avec un accent que personne ne comprend n’est pas attirant ni distinguée.
-Arrêtez de jurer.
-Ne vous empiffrez pas de nourriture - mastiquez vos aliments et ne faites pas de bruits.
-Soyez toujours gentille et généreuse



Bref, un des articles le mentionne lui-même, la beauté a un prix, les filles! En somme, il faut souffrir pour être belle. Un autre adage qui me vient en tête pour résumer le contenu de l’article ; Sois belle et tais-toi! Absolument tout tourne autour de l’apparence physique ou des comportements dociles et avenants avec les autres.


Comment être masculin

Premièrement, fait intéressant à noter, l’article décrit la masculinité en plusieurs dimensions. Il semble donc qu’être un homme viril serait plus complexe et complet qu’être une femme féminine.

Il y a sept piliers de la virilité. Pour être vraiment viril, essayer de progresser dans le plus grand nombre possible

Comprendre et devenir un mâle viril

Physique
-Les hommes virils sont physiquement plus puissants et plus impressionnants que les femmes ou les hommes efféminés
-Le mâle viril n'est pas obsédé par l'apparence physique ou le processus naturel du vieillissement

Fonctionnelle
-Être à la tête de la famille avec une partenaire et des enfants qui dépendent de vous c’est être un père masculin. Quand vous en serez un, vous pourrez assumer l'autorité et avoir la responsabilité de diriger les autres.

Sexuelle
-Il est considéré comme viril d'être sexuellement affirmé, confiant et expérimenté
Pour y parvenir, travaillez pour devenir confiant sexuellement et dominant. Ensuite vous pourrez poursuivre des partenaires, ne vous contentez pas d'exprimer timidement votre intérêt ou votre désir.

Émotionnels
-Être trop émotif est un manque de contrôle sur soi et son environnement.
-Un leader assumé vers qui les autres se tournent doit être en contrôle de ses émotions.
-Pour y parvenir, critiquez honnêtement vos état ​​émotionnels et attaquez-vous à vos faiblesses dans toutes les situations.

Intellectuelle
La virilité est logique, intellectuelle, rationnelle, objective et pratique, pas ouvertement émotionnel.

Interpersonnelle
La virilité est auto-satisfaisante et elle ne cherche pas, ni n’a besoin de l'approbation des autres

Distinctifs
La virilité est sauvage et cherche l'état sauvage. Pour y parvenir, achetez une arme à feu et allez chasser.


Bref, un mélange de puissance, confiance, leadership et tout cela sans émotion ou autres signes affreux de faiblesses. Ici c’est plutôt; Sois fort et domine!



Les deux portraits girly et manly semblent tellement caricaturaux qu’on en vient à se demander si c’est vraiment écrit de manière sérieuse. Pourtant quand on regarde l’ensemble c’est bel et bien les messages que la société projette. On valorise les jeunes filles pour leurs corps, on leur apprend à vouloir être belles à n’importe quel prix (chirurgie, achat de millions de produits, diète, mode, etc.) et à être dociles tandis qu’on apprend aux garçons à dominer, à avoir confiance en eux et à refouler leurs émotions.

Ces stéréotypes sont tenaces et toutes personnes qui en dérogent se fait souvent sermonner, punir ou rejeter. J’ai fréquemment entendu le «Une fille qui sacre c’est pas beau tu sais!», «Une telle devrait s’arranger.» (S’arranger?! Les femmes sont naturellement laides et doivent se réparer… quoi!?) et «Un grand garçon ça ne doit pas pleurer ».

Il est intéressant de voir un portrait d'ensemble de tous ces stéréotypes associés au genre (même si ce n'est pas du tout le but des articles WikiHow). En lire la longue liste mets bien les choses en perspective et fait ressortir le non sens de socialiser les enfants à y correspondre.


G.S

samedi 22 janvier 2011

Pilosité féminine


J’ai fait une petite trouvaille cette semaine une page web complète sur la pilosité féminine. Il y a énormément de contenu, des articles sur à peu près tout ce qui touchent le sujet :
L'utilité des poils
L'épilation des femmes dans l'histoire récente
La pilosité féminine dans les médias
Le libre arbitre et l'influence des images
La pression sociale
Les ados et la pilosité féminine
Les femmes qui ne s'épilent pas
et encore plus!

Bref, du beau matériel parsemé de témoignages qui portent à réflexion.

Quelques extraits des différents articles :
(PF, fait référence à pilosité féminine)
11. L'attrait pour les corps glabres

[...] Tout le monde a entendu parler des "Monologues du vagin" d'Eve Ensler, voici un extrait qui démontre l'intransigeance et l'égoïsme d'un homme qui préfère le pubis rasé, on n'est pas loin du sadisme.

On ne peut pas aimer un vagin si on n'aime pas les poils. Bien des gens ne les aiment pas. Mon premier et unique mari les détestait. Il disait que ça faisait désordre. Que c'était sale. Il m'a fait raser mon vagin. Il avait l'air bouffi, tout nu comme celui d'une fillette. Mon mari, ça l'excitait. Quand on faisait l'amour, mon vagin ressentait ce que doit ressentir une barbe. C'était bon qu'on le gratte, et douloureux en même temps. Comme quand on gratte une piqûre de moustique. On aurait dit qu'il était en feu. Il avait des bosses rouges sanguinolentes. J'ai refusé de le raser de nouveau.
Puis mon mari a eu une liaison. Quand nous avons fait une thérapie de couple, il a déclaré qu'il allait voir ailleurs parce que je refusais de le satisfaire sexuellement. (…) Pourquoi je ne voulais pas satisfaire mon mari ? Je lui ai répondu que je pensais que c'était étrange. Je me sentais comme une petite fille quand je n'avais plus de poils en bas, là. Je ne pouvais m'empêcher de parler avec une voix de bébé, la peau s'irritait et aucune crème n'y faisait rien. Elle m'a répondu que le mariage était un compromis. Je lui ai demandé si le fait de se raser mon vagin empêcherait mon mari d'aller voir ailleurs.(…)
Cette fois-là, quand nous sommes retournés à la maison, c'est lui qui a rasé mon vagin. C'était comme si la thérapie lui avait valu un bon point. Il a fait quelques estafilades, et il y a eu un peu de sang dans la baignoire. Il ne l'a même pas remarqué, tant il était content de me raser. Puis Plus tard, quand il s'est collé contre moi, j'ai senti ses poils, piquants comme des épines, dans mon vagin tout gonflé. Il n'y avait aucune protection. Aucune toison.
C'est alors que j'ai réalisé que les poils ont une raison d'être - c'est la feuille autour de la fleur, le jardin autour de la maison. Il faut aimer les poils pour aimer les vagins. On ne peut avoir l'un sans les autres. De plus, mon mari n'a jamais arrêté d'aller voir ailleurs. [...]


15. Le libre arbitre et l'influence des images

[...] Pour celles qui invoquent le libre choix, voici une situation fictive qui fera réfléchir.
Imaginons que vous ayez un rash (inflammation) à une aisselle. Le dermato interdit rasage ou épilation mais c'est l'été et vous avez réservé dans un hôtel. Il y a 3 solutions.
1) Vous annulez vos vacances
2) Vous partez mais vous restez en t-shirt à manches
3) Vous assumez vos poils car vous vous moquez du regard des autres

Si vous choisissez l'option 1 ou 2, c'est que vous tenez compte du regard des autres, vous avouez par la force des choses que vous n'êtes pas libres de choisir.
Si vous choisissez d'assumer, vous avez une "bonne" raison de garder vos poils, un problème médical. Mais croyez-vous que ceux/celles qui vont vous traiter de yeti penseront un instant que vous ne pouvez pas vous épiler ? Où est le libre choix dans ce cas précis ? [...]

17. Le point de vue de féministes

Ce qui m'offusque c'est qu'on dise à une femme qu'elle SE néglige si elle ne s'épile pas. Je pense qu'en vérité elle SE néglige lorsqu'elle laisse aux diktats de la beauté des droits sur son corps. [...]


16. La pression sociale

[...] Toujours sur le blog d'Hélène, un commentaire humoristique datant de 2006 qui démontre bien que la pression sociale est permanente et qu'elle pousse à vouloir épiler au laser

Effectivement, je serais aussi prete a donner un mois de salaire pour pouvoir :
- porter des jupes sans me demander si j'ai le temps de me raser les jambes avant de partir au boulot.
- accepter gracieusement de faire trempette sans me dire "et m... je peux pas, je suis pas epilee"
- ne plus voir mes poils repousser (sous la peau ou pas)
- ne plus voir mes poils tout court, d'ailleurs...
- ne plus faire de boutons et/ ou points noirs quand j'ai des poils qui repoussent
- ne plus serrer les dents chez l'estheticienne (bon, d'accord, je n'y vais pas souvent, mais quand même)
- ne plus me dire "Et m..., j'ai oublie de m'epiler la moustache", en courant attrapper mon métro. [...]

7. La PF dans les médias (hors cinéma)

[...] Voici le compte-rendu d'une séquence d'une émission sur NRJ, un soir de 2006.
Un gars d'une vingtaine d'années (A1)téléphone pour se plaindre de "l'énorme touffe" (sic) de sa copine et demande comment faire pour la convaincre de s'épiler.
L'animateur principal qui s'appelle Michaël a 24 ans (M), il y a 2 autres animateurs et une animatrice. Je les appellerai NRJG ou NRJF (pour la fille). D'autres auditeurs (A2,A3) appellent ainsi qu'une fille (AF)

A1 : j'ai un problème, ma copine a une énorme touffe entre les cuisses, je trouve ça moche mais je l'aime et je tiens à elle
M : tu n'en as jamais parlé ?
A1 : non, je ne sais pas comment lui dire qu'elle devrait s'épiler sans la vexer
M : dis-lui que tu préfères quand c'est lisse, c'est surtout plus propre
NRJF : ça va pas non, ne lui dis surtout pas ça car elle va croire que maintenant, elle est sale
M : ouais m'enfin, c'est tout de même mieux
NRJF : ce n'est pas une raison pour dire que c'est plus hygiénique
NRJG : ouais mais moi, je me taille les poils du pubis, sinon, ça ressemble à une jungle et c'est plus propre
A2 : salut à tous, il n'a qu'à faire un jeu érotique en bandant les yeux à sa copine et en prenant une tondeuse
M : oui, c'est génial comme idée
NRJF : mais vous êtes dingues, elle va s'en rendre compte
NRJG : non, je trouve ça génial
A1 : ouais mais elle va entendre le bruit de la tondeuse, ça va pas le faire
NRJF : elle va surtout se rendre compte que tu lui coupes quelque chose et ça peut faire mal
AF : salut, j'ai 22 ans et je n'ai que le ticket de métro, si ta copine t'aime, elle devrait le faire par amour pour toi
M : ouais, c'est vrai ça, elle peut bien faire ça pour toi
A2 : j'ai dit ça à plein de meufs et elles se sont toutes épilées pour moi, je trouve ça plus propre
A3 : vous avez vu sur RTL9, ils passent des trucs pourris avec des femmes pleines de poils ("la série rose")
M : ouais c'est horrible mais bon, c'était à la mode dans les années 80
A2 : c'est quand mieux sans poils, c'est plus propre et plus érotique
M : ouais, moi je préfère le ticket de métro ou carrément, l'intégral. Tu te rends compte, tu tombes sur une fille super jolie, tu te retrouves au lit et là, tu vois qu'elle ne s'épile pas, ça me bloquerait complètement

Conclusion, l'auditeur allait essayer de le dire à sa copine de façon diplomatique.

Cela peut sembler anodin comme discussion mais si l'on regarde de plus près, on a droit à tous les clichés et on parle bien peu de la principale intéressée qui n'a peut-être pas du tout envie de s'épiler le pubis. C'est ça le plus terrible : au lieu de dire "es-tu sûr qu'elle a envie de le faire", on ne fait que lui conseiller plein de méthodes, dont certaines sont débiles.
On notera le fait que le gars dit l'aimer mais que ferait-il pour sa copine ? Arrêter de passer des heures sur sa console de jeu au lieu d'être avec elle ? Voir moins ses copains relous ? C'est à sens unique la plupart du temps, le gars débarque avec ses exigences (je veux que tu sois blonde, que tu aies des gros seins, que tu t'épiles, que tu sois mince) et "par amour", la fille n'a qu'à se plier. Pincez-moi, je rêve. [...]

28. Les femmes qui ne s'épilent pas

[...] Je me rase les aisselles depuis que des poils y poussent et les jambes depuis que j'ai 13-14 ans. Ça m'a toujours gonflé de "devoir" enlever mes poils, mais bien évidemment je le faisais quand même, pour ne pas avoir les remarques. Par contre, j'ai toujours fait ça au rasoir, je ne me suis jamais épilée : je refusais de devoir me faire mal pour "ça". Le rasoir avait l'avantage d'être rapide et indolore.
Au bout d'un moment, j'ai commencé à prendre conscience que je devais me battre pour mon "droit à ne pas vouloir m'épiler" (à 18 ans).
Alors que j'étais assez déterminée et que j'avais laissé les poils de mes jambes repousser (pas ceux des aisselles), j'ai vu une émission avec des cousines où une femme qui ne s'était pas rasé les jambes provoquait le dégoût chez un prétendant et mes cousines trouvaient que le gars avait raison.
Là, ma détermination vacille... Comment se battre contre ça ? Quelles seraient leurs réactions en voyant mes jambes ?
Et comme le lendemain on allait à la piscine, forcément... j'ai repris mon rasoir. Je me sentais vraiment mal (et désespérée face à ce conditionnement incroyable).
Quelques semaines plus tard, je rejoins ma petite soeur de 13 ans, qui n'a jamais touché à ses poils et qui ne s'est jamais posé de questions sur son apparence physique, devant la télé. Sur M6, commence une émission sur l'épilation : et voilà que défilent des dizaines de filles qui expliquent qu'elles le font toutes, qu'elles en ont marre de leurs poils, que c'est moche, que les garçons préfèrent quand c'est lisse, qui expliquent les différentes techniques pour les enlever... Comme d'habitude, ça me déprime. Et puis, à la fin de l'émission, je vois ma soeur se lever, le visage sans expression, et se diriger vers la salle de bain sans rien dire. Et là, je sais ce qu'elle va faire. Parce que c'est exactement dans ces conditions là que j'ai utilisé un rasoir moi aussi la première fois. Sans savoir pourquoi vraiment, mais il faut le faire, parce que tout le monde le fait. Et effectivement, j'ai pu vérifier plus tard qu'elle avait commencé à se raser les jambes.
Et là je me dis, c'est pas possible. Je peux pas laisser faire ça, je peux pas laisser ma soeur, du haut de son innocence, se laisser enfermer là-dedans sans comprendre pourquoi, parce que la télé l'a dit, parce qu'elle a peur du regard des autres.
Alors j'ai laissé mes poils repousser, et surtout, l'air de rien, je les ai exhibés devant elle, y compris pendant les vacances d'été, à la plage. Comme je suis blonde, ils ne sautent pas aux yeux (et je n'ai pas eu de remarques), mais je voulais qu'elle voie que moi je résistais à la pression des autres, que je ne m'épilais pas, et qu'elle n'était pas obligée de le faire non plus. Et j'ai vu qu'au bout d'un moment, elle avait arrêté de raser ses poils dès qu'ils repoussaient. Une fois la fin de l'été arrivée, ils étaient de nouveau longs. J'étais vraiment contente et j'espère que j'ai pu lui enlever, au moins partiellement, ce poids-là, qui est lourd à porter alors qu'il ne sert à rien.
Après, rien ne me dit qu'elle ne va pas tout enlever à nouveau quand elle devra aller à la piscine avec ses amis, mais bon, je voulais surtout qu'elle sache que ce n'était pas obligé, et que j'étais là avec elle...
Pour moi, c'est important de se donner le courage de faire ce genre de choses pour le transmettre à ceux pour qui c'est plus difficile, et notamment les plus jeunes à qui on empêche de se poser des questions, les timides, les hésitants... et ceux pour qui on est un modèle.
Depuis la rentrée scolaire, j'ai cessé de me raser les aisselles également... Quel étonnement de me voir avec des poils sous les bras pour la première fois de ma vie ! Je les trouve marrants, j'aime bien. Mais je n'ai pas encore osé les montrer, je les cache (c'est pas trop dur pour l'instant, c'est l'hiver). Je veux absolument avoir le courage de rester ainsi, mais je dois avouer que la réaction des autres me fait vraiment flipper, et je crois que je ne suis pas du tout prête à les montrer encore... Et ça me ferait beaucoup de bien, et ça me donnerait beaucoup de courage, si je n'étais pas seule, si quelqu'un de mon entourage était comme moi. Mais j'espère que d'ici à ce que je "doive" vraiment les montrer (robes, retour du printemps...), j'aurai gagné en détermination. (Marie, 19 ans) [...]


et pour terminer en bonus une vidéo de Vie de meuf sur le sujet du poils! et une vieille trouvaille sur le sujet dont j'avais parler ici: Les joies de l'épilation


G.S

jeudi 6 janvier 2011

Concours de beauté pour jeunes filles

Je suis tombée sur cette téléréalité américaine « Toddlers and Tiaras ». Une émission qui suit des mères et leurs filles (quelques fois leur fils) dans leur quotidien de participantes de concours de beauté pour enfants et même pour bébés. Comme dans les concours de Miss pour adultes, elles seront coiffées, maquillées, bronzées au spray et devront charmer le jury.



L'annonce de Toddlers and Tiaras



Après être tombée de ma chaise, j'ai poursuivi mes recherches et j'ai trouvé ce documentaire de la BBC en anglais, «Baby beauty queens», où on suit le parcours de trois participantes et leurs familles; Madison, Taylor et Sasha. On suit leurs préparatifs pour le concours Mini Miss UK.


Ce documentaire m'a fait réfléchir à l'effet de notre société sur les enfants et de la pression qui pèse sur elles-ils pour se conformer, à la fois, aux exigences du capitalisme et du patriarcat. La performance à tout prix, la compétition, être la plus belle quitte à souffrir pour se conformer aux normes de beauté ; toutes des choses qu'on leur apprend très jeunes que ça leur plaisent ou non... et oh combien, le regard des jeunes filles durant le documentaire est révélateur là dessus!

*Attention ce documentaire à un fort potentiel de vous rendre en colère ou tristounette. À vous de jugez si c'est un bon moment pour le visionner ou pas, bonne écoute ;)















G.S.

jeudi 11 novembre 2010

La charcuterie est ouverte!

On vous a déjà parlé de mariage féministe ou pas, mais surtout de l'obsession que certaines (beaucoup) femmes ont concernant cette journée. Avoir la robe parfaite, le bouquet parfait, le poids idéal, etc. Pas étonnant avec ce qui est répandu dans tous les films, et les séries qui parlent de mariage.

Une télé-réalité américaine va bientôt nous montrer l'étape suivante : la chirurgie esthétique.



Description de l'émission:

Each week, a group of women competes head-to-head in such challenges as writing wedding vows and planning honeymoons. The winner receives the chance to choose a plastic surgery procedure from her “wish list.” She’s given the procedure immediately, and results are shown at the start of the following week’s episode.

One by one, the women are voted out by their competitors and, according to the show’s description, “possibly walking away with nothing and losing [their] chance to be the perfect bride.”

The last bride standing will receive a “dream wedding,” where she will reveal her new appearance to friends, family and the groom. “Viewers will witness his emotional and possibly shocked reaction as they stand at the altar and he lifts her veil to see her for the first time following her extreme plastic surgery,” E! said.

En gros, à chaque semaine, la femme qui gagne le jeu, concours de la semaine, se fait immédiatement opérer pour une chirurgie de son choix. Une femme est éliminée chaque semaine "perdant ainsi sa chance d'être la mariée parfaite".

Comme toutes les télé-réalités concernant la chirurgie esthétique ou les transformations extrêmes, le concept est aberrant. Ce qui est encore plus troublant dans celle-ci, c'est que les filles vont être en compétition pour se faire charcuter en prévision de leur mariage. C'est UNE journée dans leur vie. Je veux ben croire que c'est un jour important, pis que les filles veulent être belles sur leurs photos, mais la chirurgie va durer fucking toujours. Pis c'est pas un petit truc, la bande-annonce laisse entendre que leur corps au complet va être modifié...

Être une mariée parfaite ça veut dire se préoccuper uniquement de son apparence, être control freak, et en bout de ligne probablement ne pas profiter de la cérémonie du tout. La bande-annonce laisse entendre aussi que le nouveau "visage" de la mariée ne va être révélé que le jour même à sa famille, amis et son époux. Eh ben. Je vois mal comment cette émission là va faire "rêver" les femmes américaines...

Une autre problème de ces séries, c'est de renforcer un stéréotype de femmes devenant complètement hystériques lorsque placées dans un contexte de compétition. Elles sont dominées par leurs émotions tout en n'ayant aucune pitié envers les autres participantes.

Sérieusement, si le but des ces émissions là est d'enlever complètement toute envie de se marier...chapeau, c'est une réussite.

Trouvé via Sociological Images.

vendredi 5 novembre 2010

Cosmétiques toxiques

Un petit vidéo d'éducation populaire très bien fait, à voir...



Un article sur le même sujet sur Jesuisféministe: Cosmétiques : On veut votre peau avec beaucoup de liens québécois, canadiens, européens ou américains pour s'informer sur le sujet et sur les alternatives disponibles.


G.S.

samedi 23 octobre 2010

Halloween et les costumes stéréotypés


Lors d'un passage dans une allée de costumes d'Halloween, l'immense différence entre le côté de l'allée dédié aux costumes pour jeunes garçons et celui dédié aux jeunes filles m'a encore surpris bien qu'à chaque année se soit du pareil au même. Les superhéros, docteurs, vampires, zombies d'un côté et de l'autre toutes les princesses de Disney, les fées, sorcières et Cléopâtre.


En plus des costumes stéréotypés, si on regarde du côté de ceux destinés aux filles, on constate une forte tendance à la sexualisation des enfants en leur faisant prendre les mêmes poses que les mannequins adultes des publicités.



Les jeunes filles sur les images de vente du costume sont également très maquillées même si le costume ne demandait pas de maquillage particulier.



C'est à se demander si l'Halloween n'est pas simplement l'occasion de se ''pratiquer'' à être une ''vraie femme'' selon les canons de beauté. D'ailleurs, je n'ai trouvé presque ou sinon aucune photo de jeunes filles moins minces, avec les cheveux courts ou autres que blanches ( à l'exception des costumes ''exotiques'' qui pouvaient être portés par des jeunes filles de diverses origines ethniques)


Si on cherche un peu plus, on peut trouver des costumes qui représentent des rôles ou métiers non traditionnellement perçus comme féminins. Cependant, ceux-ci ont été modifiés pour ne pas remettre en question la féminité des jeunes filles... les modifications principales sont la jupe et le rose...

L'enquêteuse et la joueuse de baseball...

La gardienne de zoo, la soldate, la lionne...

Malheureusement, bien des parents tiennent énormément à ce que leurs enfants adoptent des attitudes et des goûts jugés conformes avec les stéréotypes de genre et vont avoir tendance à valoriser les choix de costume qui vont renforcer les idéaux féminins/masculins. Tout cela dans la crainte sous-jacente que leur fille soit un garçon manqué ou leur garçon soit un efféminé.

The onion, un média de fausses nouvelles satiriques a fait un vidéo sur le sujet qui fait ressortir l'homophobie derrière cette crainte.


How To Find A Masculine Halloween Costume For Your Effeminate Son


G.S