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jeudi 1 août 2013

Cosplay, consentement et sexisme en milieu geek

Dernièrement, le sujet du sexisme dans le monde geek s’est emparé du web, notamment cet article qui a largement circulé : «Sexisme chez les geeks : Pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier» et la sortie des premières capsules de Feminist Frequency sur la représentation des femmes dans les jeux vidéos.

Loin de s’essouffler, ces réflexions féministes se poursuivent durant la période estivale. D'ailleurs, ce moment de l'année est marqué par plusieurs conventions où s’exerce un incontournable hobby dans le milieu geek, le cosplay. On retrouve de ces événements au Québec, notamment Le Comiccon de Montréal consacré à la culture populaire (science-fiction, l’horreur, l’anime, les jeux vidéo, les jeux sur table, les comic books) et  l’Otakuthon, un festival d'anime.

Pour les néophytes, qu’est-ce que le cosplay? Le cosplay est une activité qui consiste à se déguiser en personnages de bande dessinée, d’anime, de jeu vidéo, de manga, de film, de télévision ou de livre. À ne pas confondre avec  les costumes d’Halloween, les cosplayers (les personnes qui se costument) se démarquent par un grand souci du détail pour reproduire le costume et jouer le personnage.

Bien que les personnages soient fictifs, le monde du cosplay n’existe pas en vase clos. Ainsi, la communauté du cosplay fait face aux mêmes problématiques et oppressions qu’on peut observer dans la société en général.


Personnages féminins
Les cosplayers interprètent les personnages de leur choix. Cependant ce choix se fait parmi un répertoire influencé par la culture. Les personnages féminins dans les jeux vidéo, la science-fiction, les comic books ou les bandes dessinées sont moins nombreux que les personnages masculins. Elles occupent plus rarement des personnages principaux et plus fréquemment des rôles secondaires. On retrouve en très grande majorité des femmes blanches, minces, jeunes et sexy qui correspondent également à des critères de beauté très peu réalistes. Les costumes et la posture des personnages féminins reflètent ces aspect.  




D’ailleurs, The Hawkeve Initiative le souligne bien au sujet des bandes dessinées. Le concept est simple, on remplace un dessin de personnage féminin dans une posture impossible/hypersexualisée par un superhéro masculin. 




  


 Un homme a d’ailleurs transposé cette initiative artistique au cosplay. 


Source

Bref, la culture geek tend à limiter les choix de personnages féminins à interpréter tant au niveau du nombre que de la diversité.


«Cosplay is not consent»
De manière plus concrète, le sexisme vécu lors des conventions de cosplay a engendré le mouvement «Cosplay is not consent» (Un costume n’égale pas le consentement). Durant les derniers mois, de plus en plus de cosplayers ont fait part de leurs expériences de harcèlement lors des conventions ou en ligne. Le harcèlement décrit par les femmes passe par des commentaires sur leur physique, des photos prises sans leur consentement, des questions inappropriées, des attouchements, des agressions ou des menaces. «Cosplay is not consent» permet donc de parler du problème, de sensibiliser la communauté geek et de créer des espaces plus sécuritaires. Initiative d’autant plus importante que lorsque des femmes rapportent qu’elles ont subi du harcèlement, on peut lire ou entendre des propos qui s’apparentent énormément à ceux qui vise à rendre responsable les victimes d’agressions sexuelles. 
«Son costume était provoquant, elle cherchait de l’attention. »
«S’habiller comme ça dans des évènements de gars, c’est sûr que... »
«Elle n’aurait pas dû porter un costume aussi sexy»
Bref, des commentaires qui sous-entendent que le costume d’une cosplayer est une invitation au harcèlement. Bien sûr, ceux-ci oublient que même des cosplayers, littéralement couverts de la tête aux pieds subissent des traitements semblables. 




Normes raciales et critères de beauté
Le harcèlement n’est pas le seul élément qui fait en sorte de créer un climat peu sécuritaire et inclusif dans le monde du cosplay. Ce qui est considéré comme la « norme » au sein de la  communauté geek est également un produit de la société. Beaucoup d’attention est accordée aux femmes cosplayers qui correspondent aux critères de beauté et qui incarne des personnages sexy. Des galeries de photos de « hot female cosplayers » leur sont dédiées. 

D’un autre côté, certains individus se moquent des cosplayers qui choisissent des personnages qui ne correspondent pas à leur genre, leur couleur de peau ou leur type de corps. Ces moqueries se manifestent notamment par les galleries de « Cosplay épic win vs épic fail », qui comparent deux photos du même personnage mais interprété par deux cosplayers différents, une considérée comme une réussite et l’autre un échec. La différence est rarement reliée au costume en tant que tel, mais se trouve essentiellement dans le fait qu’une des deux personnes correspond aux standards de beauté  et l’autre non.
On peut également lire sur le web plusieurs commentaires qui mentionnent qu’un ou une cosplayer qui serait gros-se ne devrait pas jouer de personnage mince ou bien que « pour une personne noire, elle a quand même bien réussi son cosplay. »

D’ailleurs à ce sujet, un témoignage très pertinent de Chaka Cumberbatch suite à une importante polémique lorsqu’elle a publié sur le net une photo de son cosplay d’un personnage de Sailor Moon.


« Online, I was "Nigger Venus," and "Sailor Venus Williams" because I am black.
My nose was too wide, lips were too big, I had a "face like a gorilla" and wasn't suited for such a cute character, because I am black. My wig was too blonde, my wig wasn't blonde enough, or, my wig was ghetto because I was making it ghetto, by being black and having it on my head. »

Traduction
«Sur le net, j’étais surnommée "Nigger Venus" et "Sailor Venus Williams" parce que je suis noire.
Mon nez était trop large, mes lèvres trop grosses, j’avais un "visage de gorille" et je ne correspondais pas bien à ce joli personnage, parce que j’étais noire.  Ma perruque était trop blonde, pas assez blonde ou bien ma perruque faisait guetto parce que je la rendais ghetto en était noire et en la portant. »



Les témoignages ne manquent pas et voici un autre court extrait d’un article tout aussi intéressant de Tabitha Grace Smith sur les raisons pour lesquels elle ne fait pas de cosplay.

«While my body image and confidence are usually fine, going to a big convention filled with scantily clad hotties sends my shields up. I’ve been in earshot of people who snicker and laugh at the plus-sized Batgirls or other cosplayers who don’t fit the skinny actresses they’re portraying. Once I asked one of these curvy girls to pose for a picture and genuine shock crossed her face. Othert imes it’s been a large man in a Roman gladiator outfit who gets laughed at or the plus-sized Princess Leia. Every time I heard these snickers and laughs I was less comfortable with dressing up. »
 Traduction
«Alors que ma perception de moi-même et ma confiance en moi sont habituellement assez bonnes, aller à une grande convention rempli de jolies filles légèrement vêtues me met sur la défensive. J'ai entendu des gens ricaner et se moquer de Batgirls plus-size et d'autres cosplayers qui ne correspondaient pas aux actrices maigres qu'elles interprètaient. Une fois, j'ai demandé à l'une de ces jeunes filles plus rondes de poser pour une photo et un véritable choc a traversé son visage. Une autre fois, c’était un homme en surplus de poids dans un costume de gladiateur romain qui faisait de rire de lui ou une princesse Leia plus-size . Chaque fois que j'ai entendu ces ricanements et ces rires, j'étais moins à l'aise avec le fait de me costumer. »
Tous ces jugements, ces railleries et insultes font en sorte de rendre le cosplay pénible pour plusieurs personnnes ou carrément inenvisageable. Ce constat est encore plus affligeant quand on pense que la plupart des personages de jeux video ou de comic books ont de toute façon des corps humainement impossible à atteindre. Ainsi, le corps des participants et participantes subit une forme de contrôle social par la valorisation ou la dévalorisation des cosplayers.  D’ailleurs, il semble y avoir des liens à faire avec d’autres formes de contrôle social où le corps, surtout celui des femmes, se transforme en propriété publique où tous et chacun peuvent juger comme c’est le cas pour le harcèlement de rue ou les creepshots. 

Bien qu’inspiré d’univers fictifs, le monde du cosplay reproduit des embûches bel et bien réelles pour les femmes, les personnes racisées et en surplus de poids. De prime abord, ce portrait peut sembler sombre, mais la grande quantité et qualité des textes de réflexion sur les problématiques vécues dans le monde du cosplay montre un désir de changement. Plusieurs conventions se sont doté de règles plus strictes contre le harcèlement, des initiatives viennent souligner de  manière positive la participation des personnes racisées et en surplus de poids et de plus en plus de matériel aborde ces sujets. D’ailleurs, pour  terminer voilà un court vidéo qui décrit les réalités vécues par des cosplayers.  



Pour en savoir plus :

Human Angle: Cosplaying The Part  (Vidéo)

Cosplay, Race, and Fat-Shaming
Despite the Haters, I Love Cosplay.

Cosplayers Are Passionate, Talented Folks. But There's A Darker Side To This Community, Too.

Cosplay Is Not Consent

Costumes Are Not Consent: Combating Cosplayer Harassment

The Beginnings of CONsent

I'm a Black Female Cosplayer And Some People Hate It

Race + Fandom: When Defaulting To White Isn’t An Option

What would you do if you weren’t afraid?

The Cosplay Feminist

Fuck Yeah Fat Cosplay/

More to Love: Fat-Positive Cosplay

Of Corsets and Comics

In defense of Fat Cosplay

Why I Don’t Cosplay

Cosplays With color

Cosplay and Body Type – It Doesn’t Matter!!


Wonderella



lundi 22 avril 2013

Paparazzi & creepshots - Outils de contrôle du corps des femmes



Les magazines sur les célébrités et les potins de la dernière heure sont monnaie courante dans les kiosques à journaux. Le vedettariat américain est d’une importance presque sans mesure, c’est  un des endroits où le phénomène des paparazzis est extrêmement présent. Les paparazzis sont des photographes qui ont pour domaine de prédilection la vie privée des célébrités. Ces photographes, la plupart du temps indépendants, poursuivent les célébrités et  vendent par la suite leurs clichés aux médias. 

Culture «  Paparazzi  »





Il est difficile d’imaginer ce à quoi peut ressembler un quotidien sans vie privée où tous nos faits et gestes peuvent être illustrés sans notre consentement dans les magazines. Question d’avoir un cliché savoureux, les paparazzis cherchent à surprendre les célébrités en situation vulnérable ou jugée «humiliante». On a qu’à  penser aux photos prises d’Amy Whinehouse lorsqu’elle avait vécu des problèmes de consommation de drogue.  On voit  souvent des grands titres qui commentent le physique des stars accompagnés de photos peu flatteuses. Bien sûr, l’article qui accompagne la photo rappelle combien celle-ci a pris du poids, celle-là est laide sans maquillage, l’autre a commis le sacrilège de ne pas se raser…  Loin de s’offusquer d’un traitement aussi rude, le public continue d’acheter ces magazines. 





Certains rétorqueront que c’était leur choix de devenir célèbre, que cela fait partie du jeu et qu’elles doivent l’assumer. On constate à ce moment combien l’entreprise de déshumanisation des célébrités est fortement ancrée dans les mentalités. Et si les paparazzis en avaient soudainement après vous?   Il y a une différence entre une photographie prise à son insu et une photographie prise avec notre consentement, cela vaut pour tout le monde.  D’ailleurs, le déni du consentement qui définit la pratique des paparazzis est une forme de prise de pouvoir sur la personne photographiée. Cette prise de pouvoir s’accompagne souvent de comportements agressifs: poursuite automobile, harcèlement, agression.  Plusieurs vedettes ont fait appel à des injonctions pour se protéger des paparazzis. Les femmes, en plus de l’attitude agressive, doivent parfois faire face au harcèlement sexuel. Par exemple, il n’est pas rare que les paparazzis tentent de faire ce qu’on nomme des «  upskirt shot  », c’est-à-dire de prendre des clichés sous leurs jupes lorsqu’elles sortent d’une automobile. De plus, les journaux font souvent les grands titres en s’offusquant des moments où une vedette s’en prend aux paparazzis oubliant de mentionner le contexte dans lequel la célébrité a commis ces gestes.

Mis à part les conséquences sur la vie privée et la dignité de ces vedettes, en quoi la culture «  paparazzi  »  a-t-elle des impacts sur notre quotidien?  Et bien, si des photographes, des magazines, les médias télévisés ainsi que les consommateurs et consommatrices de ces photos trouvent acceptable le harcèlement subit par les célébrités, plus particulièrement les femmes, vont-ils s’offusquer que le même sort soit réservé à d’autres personnes?


Phénomène des creepshots

En effet, il me semble qu’on peut établir de nombreux liens avec le phénomène des creepshots qui prend de l’expansion sur le web. Qu’est-ce que les creepshots? Ce sont des photos prises d’une personne sans son consentement. Les creepshots sont généralement des clichés des fesses d’une femme, de son décolleté ou d’une prise de vue sous sa jupe.

Sur le populaire site Reddit, où les utilisateurs et utilisatrices peuvent mettre du contenu, ils existent plusieurs forums de creepshots. Les internautes s’y donnent des conseils pour obtenir de bons clichés et publient leurs photos.  On peut y voir des centaines d’images de femmes, attendant le train, emballant leur épicerie, debout sur un escalier roulant,  toujours avec des prises de vue de leurs fesses, de leur poitrine ou de leur entrejambe. On peut également probablement y observer des jeunes femmes mineures puisque plusieurs clichés semblent être pris dans des contextes scolaires. À cela s’ajoute des centaines d’autres sites web qui contribuent à la «  sous-culture  » des creepshots. Le but étant de prendre des photos à l’insu des femmes et des filles, les partager et récolter de la reconnaissance et des commentaires.  Aussi horrifiant cela soit-il, il semble que pour les internautes qui consultent ces sites web et les photographes amateurs qui les alimentent, il soit tout à fait acceptable de violer la vie privée et la dignité d’autrui. La réalité est que le mouvement «  creepshots  » se définie par le fétichisme du non consentement des femmes.

D’ailleurs un de ces sites mentionne explicitement dans sa description le lien étroit entre les creepshots et les paparazzis  : "When you are in public, you do not have a reasonable expectation of privacy. We kindly ask women to respect our right to admire your bodies and stop complaining. We are no different than paparazzi."
(Traduction libre  : Lorsque vous êtes en public, vous ne pouvez pas raisonnablement espérer de vie privée. Nous demandons gentiment aux femmes de respecter notre droit d'admirer leurs corps et d’arrêter de se plaindre. Nous ne sommes pas différents des paparazzis.)


On peut y déceler le message que les femmes devraient accepter le fait que leur corps soit en permanence l’objet du regard masculin, voire même s’en sentir flatter. De plus, on voit bien que les creepshots semblent s’appliquer seulement aux femmes. Une rapide recherche sur le web mène au constat que les victimes de creepshots sont presque exclusivement des filles ou des femmes.

Traduction libre : Ce n'est pas parce que je suis dans un espace
public que mon corps devient une propriété publique.
Ainsi, cette nouvelle tendance tend à renforcer le contrôle de la société sur le corps des femmes. Effectivement, non seulement ces photos dénigrent souvent les femmes qui y figurent, mais elles sont également un symbole puissant qui lance le message que les femmes, où qu’elles soient, peuvent se faire prendre en photo à leur insu et voir celles-ci circuler sur le web avec presque aucun recours. Il semble que l’avènement des nouvelles technologies ait en quelque sorte créé un nouveau type de harcèlement sexuel qui vient renforcer de manière encore plus insidieuse l’idée que les femmes sont disponibles et «  à la merci  » de tous, en tout temps et en tout lieu. Le corps des femmes devient une propriété publique qui peut être possédé, admiré ou dénigré.







Au Québec, l’émission Paparadis

On pourrait croire que le Québec se sauve de cette culture «  paparazzi  », malheureusement nous aurions tort. Effectivement, en 2010, Mélissa Paradis, une paparazzi professionnelle d’Hollywood, s’est associée à VRAK.TV pour diffuser l’émission Paparadis.
« Jet set, primeurs, accès exclusifs... ou interdits! Avec Paparadis, la paparazzi Mélissa Paradis a maintenant son magazine télé et t'entraîne au coeur du star-système hollywoodien! En plus des capsules que tu connais déjà, Mélissa te fait découvrir les coulisses et les lieux les plus glam d'Hollywood, tout en couvrant les événements les plus courus de la capitale du cinéma. » 
L’émission pour adolescentes et adolescents est encore actuellement en onde. On y retrouve  l’attitude malsaine classique des paparazzis. La volonté d’avoir absolument une photo, même si la vedette refuse clairement, est omniprésente.  L’animatrice de l’émission décrit cette aspect de son travail en disant qu’elle doit gérer avec la «  non collaboration  » des vedettes. En d’autres mots, elle essaie d’obtenir les photos qu’elle désire malgré l’absence de consentement.  Bref, une belle émission sur l’art de la violation de la vie privée.


Quelques exemples du langage (similaire à la chasse) utilisée dans le cadre de l’émission  :

«  Quand les stars vont se chercher de quoi à manger, c’est toujours plus facile de les coincer, elles ne peuvent pas se sauver  » 
«  J’ai commencé ma chasse avec John  » 
«  Parfois les vedettes ne veulent pas se faire prendre en photo et tentent de se cacher, il arrive même qu’elles ne collaborent pas du tout  »

Est-ce qu’espionner des célébrités, user de stratégies pour s’infiltrer dans leur vie privé afin de nourrir l’obsession des fans peut être considéré comme un métier que l’on veut présenter aux adolescents et adolescentes comme positif et utile à la société?

Comble de l’hypocrisie, VRAK.TV se targue de promouvoir l'estime de soi et une image corporelle saine et diversifiée dans le cadre d’un concours L'égalité à l'œuvre.

Comment une chaîne peut prétendre encourager l’égalité entre les hommes et les femmes quand elle fait explicitement la promotion d’une industrie qui se base sur le contrôle du corps des femmes. En plus, de rendre «  glamour  » un métier basé sur le non respect du consentement, cette émission propage les messages nocifs de cette industrie qui encourage les femmes à juger et se moquer de l’apparence de leurs consœurs. On est à milles lieux d’inculquer le respect des autres, l’estime de soi et la nécessité d'images corporelles saines et diversifiés aux jeunes filles et garçons. 

Nul doute qu’il faut entamer une sérieuse réflexion sur le phénomène «  paparazzi » et ses dérivés, dont les creepshots. Une remise en question d’autant plus importante qu’à la base cela concerne la notion de consentement ainsi que l’image des femmes et le contrôle de leurs corps. 

Si cet article vous a interpellés, nous vous invitons à laisser des commentaires sur l’émission Paparadis à VRAK.TV, simplement suivre ce lien  : 
Contacter VRAK.TV

Et inviter vos amiEs à faire de même!



samedi 13 octobre 2012

Pour en finir avec la "pop" culture du viol

    AVERTISSEMENT: Cet article traite de viol et de violence sexuelle.
    Ça nous arrive à toutes de se faire désagréablement surprendre par une scène de viol lorsqu'on regarde la télévision, un film, qu'on lit un roman ou qu'on joue un jeu vidéo. Ça nous arrive à toutes de serrer les dents devant la violence, de détourner le regard pour l'éviter, de fermer le livre par dégoût. Ça nous arrive à toutes parce que le viol est partout, tout le temps.

     

     Nous vivons dans une culture du viol. C'est-à-dire "une culture dans laquelle le viol et la violence sexuelle sont communs et dans laquelle les attitudes, normes, pratiques et médias normalisent, excusent, tolèrent et même approuvent la violence sexuelle. Des comportements associés à la culture du viol sont: blâmer les victimes, objectiver sexuellement et banaliser le viol."

  



     On a eu plus que notre part d'exemples de tout cela dans les dernières années. Il y a tous les cas où les femmes sont "responsables" de leur viol à cause de leur habillement, de leur comportement, de leurs habitudes de vie. Il y a tous les cas où les agresseurs sont acquittés parce que la justice refuse de croire les victimes, etc.

      Au delà de la triste et choquante réalité que vivent les femmes tous les jours, on est confrontées à des représentations (plus ou moins graphiques et violentes) du viol et de la violence sexuelle tout autour de nous, en tout temps. Les auteur-e-s de romans, pour la télévision, les films, etc, l'utilisent à toutes les sauces. Le site TV Tropes, qui regroupe les tendances ou les clichés que l'on retrouve continuellement au cinéma, dénombre pas moins d'une soixantaine de "tropes" liés au viol et au harcèlement sexuel. Je vous laisse explorer la liste.

     Il y a des cas où le viol est utilisé paresseusement comme moyen de choquer facilement les gens. C'est le cas des blagues de viol qui sont utilisées à profusion dernièrement dans les sitcoms américaines, mais aussi par des humoristes bien connus. Il semble que ce soit un must de briser les barrières et conventions en faisant des blagues sur le viol.(sic) Il y a eu un cas aux États-Unis où un humoriste sur scène se plaisait à dire que les blagues de viol était toujours drôles. Quand une spectatrice choquée lui a dit qu'au contraire ce n'était jamais le cas, il a répondu quelque chose du genre: "Ce ne serait pas drôle si une femme se faisait violer par cinq hommes? Ici, maintenant?" Suite à l'hilarité de la foule et à son malaise personnel, la femme a quitté l'endroit. Après qu'elle ait dénoncé l'évènement sur Internet, de nombreux autres humoristes se sont portés à la défense de ce comédien. Kate Harding propose ici "15 blagues de viol qui fonctionnent."

     Dans les films et à la télévision, le viol sert à choquer. Il sert aussi de prétexte pour montrer de la nudité et titiller les spectateurs. Dans les dernières années, j'ai vu des scènes de viol vraiment atroces à l'écran et très peu d'entre elles me semblaient "justifiées". Prenez n'importe quel film où une bande de personnes sont prisonnières, dans un monde post-apocalyptique ou juste dans un monde violent et vous êtes sûres d'en trouver à profusion. Je pense à L'aveuglement, The Girl with the Dragon Tattoo, 28 jours plus tard... Le viol est ici utilisé pour montrer la barbarie d'un monde maintenant sans règle, bla bla bla. Le problème, c'est que ça représente plutôt ce qui se passe actuellement à tous les jours. Il faut savoir questionner la pertinence d'une scène de viol dans un film. Qu'est-ce que la scène apporte? Est-elle nécessaire à l'histoire? Le personnage aurait-il pu se développer autrement? Y avait-il d'autres manières de le présenter?

     Il y a aussi le viol comme façon de nous faire "aimer" une protagoniste, de la victimiser. Ça sert dans le cas où la femme va ensuite chercher une vengeance ou dans ceux où elle va devenir une super ninja à cause de son expérience, etc. Par exemple, le tout nouveau chapitre de la série des jeux Tomb Raider nous présente une nouvelle origine pour Lara Croft. Dans la bande-annonce du jeu, on voit que Lara subit une tentative de viol. On peut se demander ce que cela apporte au personnage, considérant tous les autres évènements traumatisants qu'elle doit apparemment subir dans le jeu. Quand on lui demande pourquoi rendre Lara si vulnérable, le producteur exécutif répond que les joueurs vont avoir envie de protéger Lara (parce que c'est une femme!). C'est dommage, parce que c'est une représentation des femmes de plus qui ne sera plus "positive". Malgré l'accent mis sur sa poitrine, Lara était un personnage intelligent et aventureux. Elle se retrouvera maintenant dans une situation où elle est victime et doit être protégée.

     Finalement, on a récemment demandé à une auteure de Fantasy "quand son personnage allait être violé, car c'était nécessaire pour que son histoire soit réaliste." Elle a répondu ce qui suit: 

Le viol en fiction peut être une chose puissante et importante. Il peut être utilisé pour faire d'importantes déclarations ou pour pour faire avancer une histoire importante. C'est important de montrer des choses inconfortables dans la fiction. Je ne dis pas qu'il ne faut jamais écrire sur le viol. Mais le viol en fiction peut aussi être problématique et dénigrant quand il est utilisé pour remettre des héroïnes impudentes à leur place.
Je ne veux pas écrire ça. Je ne comprends pas, ne vais pas comprendre, refuse de comprendre pourquoi le viol doit être sur la table pour chaque histoire avec une femme protagoniste ou même un personnage féminin secondaire fort. Pourquoi est-il assumé que je suis "irréaliste" quand je dis qu'aucun de mes personnages ne sera violé? Pourquoi cela "enlève-t-il la tension de l'histoire"? Il y a déjà assez de tension sans que j'écrive à propos de quelque chose qui me fâche moi et plein de mes lecteurs. Merci. (Ma traduction.)

Notre culture du viol est tellement étendue, tellement incrustée partout que tout cela ne représente qu'un infime survol de la réalité. Le problème, ce n'est pas que l'on entende parler de viol, que l'on retrouve le viol dans la culture populaire. Au contraire, il a fallut tellement de temps pour le sortir du secret, pour oser en parler. L'idée n'est surtout pas d'effacer la question du viol de nos représentations culturelles, mais plutôt de cesser de l'utiliser comme un raccourci paresseux et offensant pour servir des buts de comédie, d'horreur ou de victimisation. La violence sexuelle est une réalité et comme toutes les autres réalités, elle doit être visibilisée. Mais il est plus que temps que l'on se questionne sur la manière dont cela est fait actuellement et que l'on cesse d'accepter d'être exposées à de la violence gratuite tous les jours.

mardi 29 mai 2012

Manifestantes et voyeurisme



Vous avez peut-être entendu parler du blog (et du vidéo) Hot Chicks of Occupy Wall Street. En somme, ce sont deux photographes qui ont décidé de compiler des photos de belles femmes selon leurs standards de beauté. Cette citation représente bien l’esprit derrière le concept :
Wow, seeing all those super smart hot chicks at the protest makes me want to be there… Hmmm… Yeah, let’s go with that. 
Traduction libre : Wow, voir toute ces superbes poulettes aux manifestations me donne le goût d’être là… Hmmm… Ouais, allons s’y avec ça. 
Bref, des voyeurs en puissance qui ont fait réagir avec raison les milieux féministes américains. Comme le souligne un article sur SPARK, plusieurs aspects sont problématiques. La vision des militantes propagée par ce type de blog est qu’elles ne se définissent que par leur apparence physique. On se moque de leur combat politique, leur initiative et leur travail; tout ce qui importe c’est si elles plaisent ou non aux deux photographes hétérosexuels du blog. Elles ne sont pas des camarades de lutte, mais des objets sur lequels on peut jeter notre regard. Le pire c’est que ces photos sont souvent prises à l’insu des femmes et sans leur consentement pour ensuite figurer sur un blog ou dans des vidéos pour être soumis au regard de tous. 

On pourrait se dire que ce ne sont que des photographies. Pourquoi en faire un plat? En fait, l’objectification des militantes est loin d’être banale et encore moins l’absence de consentement. Il ne faudrait pas oublier que les militantes vivent l’oppression au quotidien notamment par la brutalité policière sexiste (insultes genrées, fouilles, menaces) et au sein même des milieux de gauche. D’ailleurs la réaction anti-féministe du créateur du blog suite aux critiques est la preuve que rien n’est acquis dans les mouvements contestataires. 

 Est-ce que ce phénomène s'observe dans le cadre de la mobilisation étudiante au Québec?

Il semble que oui. En fait, le souvenir des ''Hot Chicks'' de Occupy m'est revenu en tête lorsque j'ai vu un photographe prendre en photo de très près des manifestantes sans demander leur consentement. D'ailleurs, la plupart était extrêmement mal à l'aise. Il s’avère après une petite recherche rapide parmi les albums photo des manifestations que les portraits des manifestantes sont souvent sensiblement semblables, reflète les stéréotypes de genre et sont parfois très intrusives. Elles représentent le plus souvent des femmes blanches, jeunes et maigres. En plus de l’uniformité, il est difficile de trouver des photographies où on retrouve des femmes en action. Les photos de femmes souriantes qui prennent la pose sont monnaie courante. Femmes qui font des bulles, avec fleurs, avec maquillage rouge, avec un regard pensif,  bref la passivité et le féminin sont associés et appréciés de la plupart des photographes.  Encore une fois, le consentement semble très rare tandis qu’il serait important surtout lorsque des portraits de près sont pris et diffusés largement sur le web. C’est sans oublier le voyeurisme ambiant des quelques manifestations nues qui se sont déroulées au Québec. Les photographes, les médias et parfois les militants eux-même s’émoustillent facilement en voyant des paires de seins, s’en suivent des commentaires pas toujours agréables et une tonne de photos. 

Les femmes prennent la rue pour s’approprier du pouvoir, pas pour qu’on les soumette à un regard sexiste qui les réduit à leur apparence physique. 



Article sur Hot Chicks of Occupy Wall Street
SPARK: The ‘Hot Chicks’ of Occupy Wall Street
Sociological images : On “Hot Chicks of Occupy Wall Street”
Feministe : Hot Chicks of Occupy Wall Street


jeudi 4 août 2011

L'art de culpabiliser les victimes d'agressions sexuelles

Avertissement cet article contient des informations sur les agressions sexuelles qui pourraient être bouleversantes.

On a fait grands cas ces derniers temps des procès surmédiatisés pour agressions sexuelles notamment l’affaire DSK. Les agressions sexuelles sont devenues le sujet du jour et c’est à ce moment qu’on entend des propos assez incroyables. Il serait peut être à propos de se rappeler que la législation sur les agressions sexuelles (du moins au Québec) est assez récente et que l’on revient d’un long chemin ardu pour réclamer le respect de notre intégrité.

En effet, jusqu’en 1983, ce sont les règles du common law (code de loi britannique basé sur la jurisprudence et le droit coutumier) qui régissaient les procès pour viol. D’ailleurs, la notion d’agression sexuelle n’existe pas à l’époque dans le droit. Seule la pénétration vaginale était considérée comme un viol et le viol conjugal était exclu de toute poursuite. En fait, l’expression même de «viol conjugal» n’a pas vraiment de sens à cette époque puisque par le mariage, la femme devenait la propriété de l’homme et lui devait soumission. Sous la notion de devoir conjugal, celle-ci une fois mariée donnait un consentement irrévocable à toutes les relations sexuelles que pouvait solliciter son mari.

Dans un procès pour viol, il y a à l’époque des règles de preuve de la jurisprudence qui sont extrêmement contraignantes.

La première de celle-ci est la preuve de non-consentement de la victime. Une femme violée doit donc s’être débattu le plus possible. Effectivement, sans preuve de résistance, il n’y a pas de viol selon le tribunal.

Une autre règle de preuve est la plainte spontanée. Cette preuve est issue de la croyance qu’une «vraie» victime de viol ira porter plainte et dénoncera son agresseur immédiatement.

Une autre preuve nécessaire à une déclaration de culpabilité est la corroboration, c'est-à-dire que le seul témoignage d’une femme n’est pas suffisant. Effectivement, il faut un autre témoin que la victime pour corroborer les faits, cas assez rare dans ces situations.

Une autre possibilité pour contester l’accusation est la preuve de commune renommée. En effet, l’accusé peut utiliser comme défense le passé sexuel de la victime en lien avec son consentement à l’acte reproché et sa crédibilité de témoin. Les contre-interrogatoires peuvent donc être constitués de questions sur tous les aspects de la vie sexuelle de la plaignante notamment sur sa réputation sexuelle. Si la défense réussit à convaincre que la plaignante n’est pas de bonnes mœurs, l’accusé sera acquitté

Le fardeau de la preuve est dont très difficile à fournir et à vivre. La législation de l’époque n’était pas à l’avantage des survivantes d’agressions sexuelles. En plus de cet obstacle législatif, le sujet du viol est extrêmement tabou et isole par le fait même les femmes l’ayant vécu.

C’est donc en 1983 que le législateur révise de façon majeure la notion de viol dans le Code criminel. Il crée une nouvelle infraction; l’agression sexuelle. Maintenant tout geste à caractère sexuel est visé et pas seulement la pénétration vaginale. L’immunité maritale concernant le viol conjugal est abrogée. Il dissout les règles de preuves qui causaient du tort aux survivantes et décourageait les plaintes.

Ce passé peu glorieux inspirerait de la révolte chez la plupart des gens. Une chance que tout cela n’est que du passé! Ah oui?! Nous sommes nous vraiment complètement détaché-es de ce bagage grâce aux changements juridiques? Bien qu’abrogées, en y réfléchissant un peu il me semble que les quatre règles de preuve de l’époque font écho dans notre société même aujourd’hui et freinent toujours de nombreuses victimes à porter plainte et les isolent encore.

Preuve de non-consentement

Récemment les républicains aux États-Unis ont tenté lors de la présentation de leur ''No Taxpayer Funding For Abortion Act.'' à la chambre des représentants d’interdire le financement public des avortements. Les cas de viol, d’inceste ou de danger pour la santé de la mère feraient cependant exception. Chris Smith qui a proposé le bill a cependant tenté de réduire la définition de viol à viol par contrainte (forcible rape). Ce qui veut dire que les cas où les femmes disent non mais ne combattent pas physiquement leurs agresseurs, ne serait pas définie comme des viol et donc pas couvert par l’exception. Face au tolé (heureusement) il a du retirer cette modification.


Plainte spontanée

Récemment, Enquête a diffusé un reportage sur les prêtres pédophiles et l’Église catholique romaine, et j’y ai appris que pour une poursuite au civil pour dédommagements la période de prescription est de 3 ans. (Contrairement au criminel où il n’y a pas de période de temps). Cette disposition du Code Civil rend une poursuite civile pour une agression sexuelle datant de plus de 3 ans impossible (malgré que certains procès de prêtres pédophile soient entrain de faire jurisprudence pour ne pas tenir compte de la période de prescription).


La corroboration

Même si on demande plus de manière obligatoire un témoin pour donner un jugement de culpabilité, le scepticisme et le peu de crédit qu’on donne dans plusieurs cas au survivantes d’agressions sexuelles qui osent en parler revient presque au même. Trop souvent, les policiers, le système de justice, l'entourage ainsi que les institutions où se déroule les agressions (notamment les campus scolaires) ne prennent pas au sérieux les femmes qui déclarent des agressions sexuelles.

Un cas particulièrement choquant montre les graves conséquences qu’entraîne ce mépris des autorités envers les victimes. La police de Cleveland (États-Unis) a rejeté les plaintes pour agressions sexuelles de plusieurs femmes contre Anthony Sowell. Il a fallu attendre que la police découvre 11 corps de femmes disparues sur la propriété de Sowell pour qu’ils prennent au sérieux ces femmes. Une des plaintes contre lui avait été enregistrée en 2008 avant que certaines de ses victimes ne soit portées disparues.


Commune renommée

Aujourd’hui, on parle plutôt de réputation. C’est probablement, le vestige des règles de preuve qu’on peu observer le plus. L’idée insidieuse que seule une femme qui a une bonne réputation peut être une ''vraie'' victime d’une agression sexuelle est particulièrement forte. On tente de rendre coupable de leur propre agressions les femmes en évoquant leurs passés, leurs habillements, leurs attitudes, etc. Bref, tout est bon pour dire le fameux, ''elle l’avait cherché, c’est de sa faute''. La couverture médiatique et les propos de plusieurs personnes sur des affaires d’agressions sexuelles le démontre bien :

Un cas de viol collectif sur une fille de 11 ans :
‘’Mais déjà des voix s’élèvent dans la communauté de Cleveland pour fustiger… la victime de 11 ans qui s’habillait plus vieille que son âge, fréquentait des amis plus âgés et se maquillait comme une jeune femme de vingt ans et avait une page Facebook sur laquelle elle évoquait ses dernières sorties alcoolisées.’’
Sur ce cas: Victim Blaming in Cleveland, Texas Gang Rape of 11 Year Old

Dans l’affaire DSK, on accuse notamment la victime d’être une prostituée qui vendrais de la drogue et qui aurait menti dans ces papiers d’immigration, comme si un de ces éléments faisait subitement en sorte que son consentement n’était plus important.

Un policier de Toronto a récemment fait scandale après avoir dit, durant une conférence, à des étudiantes « qu'elles n'avaient qu'à ne pas s'habiller en « salopes » si elles voulaient éviter d'être agressées sexuellement.»



Ces constats montrent que les survivantes d’agressions sexuelles bien qu’elles ne doivent plus faire face à la législation d’avant 1983, doivent toujours affronter une société patriarcale où on remet souvent en question leur crédibilité et la gravité de la violence qu’elles ont subit.


L’explication de l’ancienne législation vient de ma compréhension de…

MORIN, Annie (1998). La petite histoire d'un grand crime. Barreau du Québec, [En ligne], http://www.barreau.qc.ca/publications/journal/vol30/no10/grandcrime.html (Page consultée le 27 novembre 2010).

NÉRON, Josée (1994). «L'agression sexuelle et le droit criminel canadien : l'influence de la codification», Les Cahiers de recherche du GREMF, no 62, 250 p.

mardi 22 février 2011

Pour éviter que nos enfants naissent à nouveau dans des feuilles de choux

L'éducation sexuelle dans les écoles suscite bien des réflexions ces derniers temps dans les médias. On se demande si c'est le travail des parents ou des profs de la faire. S'il ça doit être des cours spécifiques ou bien des petites parties dans toutes les matières. S'il faut seulement parler de prévention (grossesse, ITSS, etc) ou aussi de plaisir, d'amour, de respect. Dans la catégorie " Ce qu'il ne faut absolument pas faire", voici une série de capsules créées par l'organisme états-unien Amplify your Voice. Cette série explore le contenu de cours d'éducation sexuelle qui consistent en fait à promouvoir uniquement l'abstinence avant le mariage. Non seulement, ces cours sont complètement archaïques en voulant réprimer la sexualité des adolescent-es, mais ils regorgent en plus de stéréotypes sur les hommes et les femmes plus absurdes les uns que les autres. C'est évident qu'on en arriverait jamais là ici, et pourtant, ces capsules nous rappellent ce qu'il en était de l'éducation sexuelle au Québec il n'y a pas si longtemps...



Traduction plus bas

Bear 1: What did you learn in abstinence-only class today?

Bear 2: First the teacher passed around a rose and had us each take off a petal. Then she said the rose was now like someone who has had sex before marriage. They lose their beauty and value.

B1: Hmm. Well that is a little troubling.

B2: Then she told us that having sex is like reaching into a bag of candy where some of it has been chewed and spit back into the bag. Who would ever want used candy?

B1: Really? Someone who has had sex is the same as partially chewed and spit out candy?

B2: That is what we learned. Then she told us to imagine a really gross toothbrush that a lot of people have used. If you have sex, you’re the toothbrush.

B1: That is awful.

B2: The next thing is the speaker gave me a sign that said virgin. Then she had everyone spit in a cup. She passed me the cup.

B1: No please don’t say it.

B2: Then she asked me to drink the spit.

B1: No no no, why, why would anyone do this.

B2: She said that is what losing your virginity is like.

B1: Like drinking a cup of other people’s spit?

B2: Yes.

En gros, le prof leur dit que s'illles ont fait l'amour avant le mariage, illes seront comme une rose dont on a arraché les pétales. Illes perdent leur beauté et leur valeur. Que faire l'amour est comme piger un bonbon dans un sac où quelqu'un en aurait jeter un qu'il avait déjà mâché. "Qui voudrait d'un bonbon déjà mâché?" Faire l'amour, c'est comme être une brosse à dent sale que tout le monde a utilisé. Finalement, le prof demande à tout-es les étudiant-es de cracher dans un pot, et à la dernière, identifiée comme "vierge" de boire le contenu, en expliquant que c'est pareil comme perdre sa virginité.

Pas très ragoûtant, non? J'imagine pas les enfants quand ils sortent de là...C'est parti pour une vie de culpabilité face à la sexualité!

Dans une deuxième capsule, on en apprend plus sur les relations hommes-femmes...



Traduction plus bas

What did you learn in abstinence-only class today?

Today we had a special lesson called “Relationships.” The speaker told us a story about a prince and a maiden. A dragon is attacking the maiden’s home, and the prince tries to slay it. The maiden suggests he uses a rope instead of a sword. He does. He kills the dragon. Then another dragon attacks. The maiden suggests he uses poison this time. He does. But he’s mad about all the suggestions. He leaves the princess for another maiden who doesn’t know anything about dragon-slaying. So we learned not to ask like the first maiden, because too many suggestions will drive a guy away.

I don’t think I understand. Let’s try this again. So the dragon is attacking?

Yes.

It is an emergency situation in a clearly dragon0infested countryside.

Yes.

So the princess shares her ideas about it.

That’s right.

And the prince – he leaves her.

Yes. She ruined his confidence and made him feel ashamed.

By suggesting other ways of killing dragons.

Yes.

What if she was just worried about his safety? What if she just wanted to prevent damage to his sword? What if she had done read some studies on the most effective dragon-slaying methods?

We didn’t really get into that.

Come to think of it, the maiden seems to really know a lot about dragon-slaying. Why couldn’t she slay the dragon herself? Why isn’t she better off without the prince anyway if he’s so threatened by her ideas? Did you class talk about that?

Not really, just that he was happier with the other maiden.

Right, the girl who has no ideas.

None that she tells the prince anyway.

Does the prince talk to the first maiden about her suggestions made him feel?

No, he just sent off with the other maiden.

And the lesson was that girls should not share many of their ideas because they will scare off princes.

That’s what the speaker told us.

Résumé : On leur raconte l'histoire d'un prince et d'une jeune femme. Un dragon attaque la maison de la fille. Le prince décide de le pourfendre avec son épée. La fille suggère qu'il utilise plutôt une corde et ça fonctionne. Un autre dragon arrive et elle lui suggère cette fois d'utiliser du poison, ce qu'il fait. Pourtant il se fâche et laisse la fille pour en rejoindre avec une autre " qui ne connaît rien de la chasse au dragon". Donc, elles apprennent à ne pas poser trop de questions ni faire de suggestions, car ça fait fuir les hommes. Le prince choisit celle qui n'a pas d'idée, car l'autre l'a rendu honteux et lui a fait perdre sa confiance en lui. (C'est drôle, ça me fait penser à un certain discours ambiant...masculiniste pour ne pas le nommer.)

La troisième capsule traite de mariage-a-tout-prix et surtout pas de mariage homosexuel. L'homosexualité est complètement évacuée de la réalité et les unions hors mariage sont considérées comme malsaine, etc.

La quatrième capsule porte, encore, sur les différences hommes/femmes. Dans ces cours, on y apprend évidemment que toute différence est naturelle. On peut l'observer en analysant la façon dont les jeunes portent leurs livres. Contre leur poitrine (comme si c'était un bébé) pour les filles et sur la hanche pour les garçons... Bien sur, les filles ont besoin d'amour, de respect et de support financier, tandis que les gars veulent que les filles les croient forts et ont besoin de quelqu'une pour faire le ménage et la cuisine. De plus, les filles doivent faire attention à la façon dont elles s'habillent, car "Girls are more like crockpots. Boys are like microwaves. Because they heat up faster." Donc, c'est la responsabilité de la fille de s'assurer que le gars ne va pas "se réchauffer" trop vite...

Voilà donc de merveilleux cours, où on apprend que seul le mariage importe, qu'hommes et femmes doivent bien respecter leurs rôles, que la sexualité est honteuse, que l'homosexualité est inexistante ET que la femme est responsable si elle se fait agresser. Bravo.

Histoire de vous consoler, une page marrante de la BD Titeuf.



vendredi 10 décembre 2010

Lettre à Juliette l'éternelle célibataire.

Pour celles d'entre vous (montréalaises probablement, désolée pour les autres) qui lisez parfois
le journal Métro, vous êtes peut-être déjà tombées sur les chroniques de Juliette l'Éternelle Célibataire. Juliette nous parle de célibat et de comment s'en sortir d'une manière toute personnelle. Voici notre réponse à sa chronique du 9 décembre.

Chère Juliette,

Sache que je compatis avec toi! En tant que célibataire, je comprends l'abîme de douleur dans lequel tu te trouves. Si tu ne m'avais pas éclairée avec tes trucs pour passer l'hiver, comment aurais-je survécu?

Comment n'avais-je pas pensé à m'acheter un coussin en "minou" pour personnifier l'amant que je n'ai pas? Comme tu le dis si bien : "il ne (me) fera peut-être pas monter au 7e ciel", nous savons toutes deux qu'il nous faut absolument un homme pour être satisfaite sexuellement! Grâce à tes lumières, j'aurai maintenant moi aussi une "présence rassurante dans (mon) grand lit queen", dire que j'ai vécu dans la terreur jusqu'à maintenant.

Comment n'avais-je pas pensé à me "coller contre un inconnu dans le métro" pour aller chercher un peu de l'affection qui me fait cruellement défaut? Je n'avais pas compris que mes amis et ma famille ne me fournissait pas une réelle affection! Il est beaucoup mieux de profiter de l'achalandage du métro pour tirer de l'affection d'un étranger contre son gré. Je comprendrai maintenant que si un inconnu me touche dans le même contexte ce n'est que parce qu'il est aussi seul que moi!

Comment n'avais-je pas pensé à "partir à la chasse aux "emo", moi qui les aime tellement. Les calins gratuits ne remplacent pas une douce moitié, mais ils peuvent au moins temporairement adoucir mon malheur!

Comment n'avais-je pas pensé à m'acheter un animal de compagnie? S'acheter un animal dans le seul but de pouvoir le caresser de temps à autres, quelle bonne idée! Peu importe les responsabilités que cela implique, en autant qu'il me fournisse une réservoir d'affection à portée de main. Merci surtout de me rappeler que je ne serai pas toujours célibataire et qu'en conséquence je ne dois pas acheter un petit chien de fille, mais plutôt un gros chien, car les hommes les préfèrent!

Finalement, merci Juliette de m'avoir fait réalisé à l'aide de ta "liste non exhaustive et humoristique" que mon statut de célibataire devait me remplir de désespoir. Je croyais, je sais c'est honteux, que je pouvais être heureuse sans être en couple. Maintenant, je sais que je suis comme une morte-vivante et que je dois à tout prix me trouver un partenaire!

Continue ton beau travail Juliette.

De ta fan #1,
Furie

Vous l'aurez compris, mon ton est sarcastique! Je voulais seulement monter l'énervement dans lequel me plonge ces fréquents dénigrements du célibat dans les médias. Cette idée qu'une femme ne peut être heureuse seule a assez duré. En complément : ce billet sur Sociological Images qui arrive à point nommé!

jeudi 11 novembre 2010

Pousse...Pousse...POUSSE! Un exemple à suivre sur l'accouchement.

J'ai entendu, lu, vu plusieurs témoignages de femmes concernant leur expérience d'accouchement à l'hôpital. Le bilan, c'est qu'il y en a quelques-unes de chanceuses pour qui tout se passe bien et beaucoup pour qui l'expérience s'avère très éprouvante entre autre à cause du traitement donné par le personnel soignant.

Les principaux problèmes : la logique marchande et le non-respect du corps et du rythme de la femme.

Les femmes sont constamment brimées dans leurs droits durant la grossesse mais aussi durant l'accouchement. Si le travail s'annonce très long, si la place manque, les médecins n'hésiteront pas à provoquer, précipiter l'accouchement pour une plus grande efficacité. On poussera les femmes à accepter la péridurale à tout prix, encore pour raccourcir le processus. On procédera à des césariennes lorsque ce n'est pas nécessaire pour sauver du temps. On obligera la femme à être couchée sur la civière, les jambes élévées alors que des études prouvent que ce n'est pas du tout la position idéale. On séparera très rapidement la femme de son enfant sous différents prétextes. Toutes ces opérations sont pratiquées souvent sans réellement informer les femmes, en dénigrant leurs incertitudes, en attribuant leurs doutes légitimes aux hormones, à la peur, à la panique, etc. Il n'est pas tenu compte des droits de la femme de consentir en pleine connaissance de cause à ce que lui est proposé. Évidemment certains hôpitaux ont des politiques infiniment plus respectueuses du rythme et des besoins des femmes. Des organismes comme le Regroupement Naissance-Renaissance travaillent sur ces enjeux depuis longtemps. Elles font entre autre la promotion de la profession de sage-femmes, des maisons de naissance, etc.

Le Venezuela a fait un grand pas dans la reconnaissance du phénomène en 2007 lorsqu'il a ajouté le concept de "violence obstétrique" dans "The Organic Law on the Right of Women to a Life Free of Violence". Le concept est en gros défini comme étant
"…the appropriation of the body and reproductive processes of women by health personnel, which is expressed as dehumanized treatment, an abuse of medication, and to convert the natural processes into pathological ones, bringing with it loss of autonomy and the ability to decide freely about their bodies and sexuality, negatively impacting the quality of life of women.”

Traduction approximative : l'appropriation du corps et des processus reproductifs des femmes par le personnel médical, qui s'exprime par un traitement déshumanisé, une médication abusive. La transformation de processus naturels en pathologies, accompagné d'une perte d'autonomie et de la capacité de décider librement pour les femmes en ce qui concerne leurs corps, leur sexualité. En bref, des comportements ayant un impact négatif sur leur qualité de vie.

Plusieurs actes sont identifiés comme étant de la violence obstétrique.
(1) Untimely and ineffective attention of obstetric emergencies; (2) Forcing the woman to give birth in a supine position, with legs raised, when the necessary means to perform a vertical delivery are available; (3) Impeding the early attachment of the child with his/her mother without a medical cause thus preventing the early attachment and blocking the possibility of holding, nursing or breast-feeding immediately after birth; (4) Altering the natural process of low-risk delivery by using acceleration techniques, without obtaining voluntary, expressed and informed consent of the woman; (5) Performing delivery via cesarean section, when natural childbirth is possible, without obtaining voluntary, expressed, and informed consent from the woman.

Donc 1 - Attention prématurée et inefficace accordée aux urgences obstétriques.
2- Obliger les femmes à accoucher couchées, les jambes levées...
3- Nuire à la création du lien mère/enfant en les séparant sans causes médicales dès la naissance.
4- Altérer le processus naturel d'accouchement en utilisant des moyens pour l'accélérer sans avoir un consentement conscient et volontaire de la femme.
5- Utiliser la césarienne lorsque non-nécessaire, sans consentement, etc.

Cette loi ne couvre pas toutes les situations abusives et violentes pouvant arriver aux femmes durant l'accouchement, entre autre ce que les anglophones appellent le "birth rape", c'est-à-dire l'introduction à répétition ou non de doigts ou d'objets dans le vagin de la femme sans son accord et sans justification suffisante. Cette loi constitue malgré tout un très bon début, déjà beaucoup plus poussé que ce qui existe ici. Espérons qu'elle est réellement appliquée. Il semble qu'en 2008, il y avait toujours un manque d'information et que les résultats escomptés n'étaient pas au rendez-vous.

Somme toute, pas de doute qu'il y a encore énormément de chemin à faire pour que les femmes se réapproprient totalement le contrôle de leurs fonctions reproductrices...

Un premier petit pas à faire si vous voulez: signer cette pétition sur les maisons de naissance ;)

mercredi 20 octobre 2010

Devenez un jouet sexuel....

Certains et certaines d'entre vous ont peut-être eu l'occasion de voir cette publicité en ligne :


Voici le texte de la pub.

"Its hard. They always do that, as soon as they get what they want, they disappear.... They take advantage off me time and time again... And I let them... Sometimes I fell so dirty... "Used" What happened to romantic dinners.... ? Picnics at the beach? Holding hands in the park ? A cosy night with DVDs and popcorn ? They don't see me as me... They see me as some sort of toy... Sometimes I just wanna be held at night... All they think about is F.... And F.... is nice but not 24/7 Woman are pigs..."

Cette publicité là me rend extrêmement mal à l'aise. Gwen sur Sociological Images affirme que si cette publicité fonctionne c'est parce que les gens savent bien que les rôles sont ici inversés et que ce n'est pas crédible de voir des hordes de femmes superbes utiliser un homme comme objet sexuel, et que c'est encore moins plausible de voir cet homme s'en plaindre. Elle explique que cette idéologie masque le fait que les hommes peuvent réellement être à la recherche de relations sentimentales n'étant pas basées simplement sur le sexe sans lendemain.

C'est évident que ce genre de pub renforce les rôles stéréotypés. Elles montrent aux hommes, de la même façon que les pubs pour Axe, qu'en achetant, portant le produit, ils auront des femmes à leur pied. Elles leur apprennent à vouloir de relations basées uniquement sur la sexualité, en prime avec des femmes incroyablement belles et minces.

Ce qui me dérange encore plus de cette publicité, c'est que l'objectif est d'inverser les rôles. Donc l'homme de la publicité vit ce qu'une femme vivrait en temps normal. Dans la pub, il se fait utiliser, harceler sexuellement dans la rue. Il se sent "utilisé", sale et malheureux. Il est un objet sexuel... En regardant cette pub, je vois une fille à sa place et je ne trouve pas ça drôle du tout. En se moquant de ce qu'il vit dans la publicité (parce qu'en bout de ligne..le gars, il veut l'avoir le vêtement qui va le transformer en jouet sexuel), la compagnie dédramatise totalement ce qui arrive aux femmes tous les jours et le légitime. Cette pub laisse croire que la position d'objet sexuel est enviable. Ça me dégoûte...

lundi 29 mars 2010

Campagne Where is your line?

Je vient de découvrir un superbe concept, la campagne Where is your line?

Description du blogue:
WHERE IS YOUR LINE? is a group blog on consent, sex, pleasure, and ways we can ask for it. Through your stories, your photos, and your comments, we hope this is a place where we can dig deeper into all the questions raised by the film. We invite all voices, genders and opinions (as long as they’re respectful) to this space.

Il y a également un film qui accompagne la démarche et une partie ''up to you'' qui demande l'avis des individus... ce qui donne ce beau projet que j'adore:



Where is your line? from Nancy Schwartzman on Vimeo.













Autre vidéo pour la campagne

"Ask Me" from Nancy Schwartzman on Vimeo.



G.S